Né le 19 décembre 1951 à Lyon, Bernard BILICKI suit sa famille à Roanne, où il apprendra le Judo dans les années 60. Ni sa morphologie, ni ses goûts le rapporte au Karaté. Seul son père, l'un des précurseurs du Judo puis du Karaté dans la région lyonnaise, l'imaginait en Zenkutsu ou Kiba-dachi. Il n'a donc guère le choix. A 13 ans, en 1963, après cinq ans de Judo, Bernard BILICKI suit son premier cours de Karaté.
Palmarès de Bernard BILICKI :
►8 Dan de Karate; 2 Dan de Judo
►BEES 2° degré Karate, Judo, Aikido
Débuts :
►Judo : 1958 ►Karaté : 1963
►Jeux Mondiaux : 2e (-70kg), en 1981
►Championnats du Monde : 3e par équipe en 1980
►Championnats d’Europe : 3e en 1979 (-70kg), 1er par équipe en 1980
►Championnats de France : 1er en 1980 et 81 (-70kg), 2e en 1979 (open)
1er par équipe en 1968 et 1972
►Coupe de France: Finaliste en 1971 et 1978
Le déclic intervient en 1967, lors d'un stage sur la Côte d’Azur…
B.B" C'était mythique de voir des japonais comme ENOEDA, KASE, SHIRAI, OCHI...En les regardant, j'ai commencé à comprendre l'utilité des gestes. Mais le vrai déclic s'est produit au retour. Lors d'un entraînement, je me suis retrouvé face à une personne agressive. Au bout d'un moment, j'ai lancé une attaque et il est tombé. J'avais réussi à allier la pensée et le geste. J’avais réuni dans le même temps la volonté d'action et l'action elle-même, c'est-à-dire le mouvement…parfait. Le début des Arts Martiaux est de rétrécir le décalage entre la pensée et le geste."
Bernard BILICKI passera son 2e dan de Judo avant de se consacrer exclusivement au Karaté. Il n'a pas encore 18 ans. Dès l'obtention de son permis, il prend régulièrement la direction de Lyon, à l'époque 90 km de routes sinueuses l’attendent. Mais qu'importe, la passion avant tout. A la Renaissance du 8e puis à l'E.K.C, le virus de la compétition le rattrape. Avec VALERA, GERBET and CO, il participe à quelques campagnes nationales dont certaines victorieuses (1968 et 73).
Double ceinture noire à dix huit ans (brevet d’état «arts martiaux» à vingt deux ans), il finit par choisir le Karaté. Malgré une blessure infectée qui, à dix huit ans lui vaut tétanos, méningite et septicémie (18 mois d’arrêt et 9 mois de sanatorium), il devient champion de France par équipe de club en 69 et 70 avec l’Europ’Karaté club aux côtés de Dominique VALERA. Mais en 1972, il suit son père, se licencie à la JKA, l’organisme dissident de la FFKDA, ce qui l'empêche de participer aux rendez-vous officiels.
Puis en 1977 il crée son club et reprend la compétition avec succès. D’emblée, il intègre l’équipe de France et entame une carrière de haut niveau tardive. Finaliste de la coupe de France toutes catégories en 1978, il est vice champion en 1979.La même année, il rapporte une médaille de bronze (-70kg) des Championnats d’Europe d’Helsinki. En 1980, il tient un rôle prépondérant dans le titre par équipe. Il est aussi de la campagne madrilène qui voit le sacre du premier champion du monde individuel français Jean Luc MONTAMA. " Un moment extraordinaire " souffle-t-il.
Trois fois champion de France des mi-moyens (79-80-81) et finaliste des Jeux Mondiaux en individuels, il reste cinq ans en équipe de France, héritant plusieurs fois du brassard de capitaine pour son sérieux et sa solidité tranquille.
Fondateur du DYNAMIC CLUB de ROANNE en 1983, ayant tout connu des responsabilités techniques au sein du département de la LOIRE puis de la Ligue du LYONNAIS. Il fût l’entraîneur des équipes de France cadets et juniors entre 1984 et 1990. En 1998, ce qui lui fait 40 ans de pratique, il est « Expert Fédéral » auprès de FFKDA, responsable national du Karaté-Jutsu et membre de la Commission Nationale des « DANS » et grades équivalents, tout en étant président de cette commission au niveau régional et interrégional. Une vie faite de week-ends de stages, d’implication permanente et quotidienne, de responsabilités assumées. A 55 ans, Bernard BILICKI reste fidèle à cet art qu’il fouille sans répit pour mieux le comprendre afin de transmettre son esprit et sa flamme. Inlassable travailleur, se remettant perpétuellement en question, en quête de vérité, de plénitude et de perfection, il essaie d’être le garant de la philosophie de cet art "C’est le rôle des anciens", car pour lui "Le Karaté n’est pas seulement une distribution de coups de pied et de coups de poing. C’est une voie d’évolution à travers une gestuelle porteuse de sens et de sensations que l’on peut traduire dans la vie de tous les jours. Le Karaté est autant un art qu’un sport, c’est un état d’esprit, un moyen de se défendre mais aussi un art de vivre. "
Du combattant des années 70, il reste la formidable envie de vivre, d’avancer et de faire avancer ceux qu’ils côtoient par ce don d’altruisme dont il est porteur. Par ses recherches, sa réflexion, ses entraînements, son rôle au sein de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées comme Expert Fédéral du Karaté-Jutsu, il prône simplement avec humilité l’œcuménisme des Arts Martiaux.
Un " DO " (une VOIE) mais aussi une VOIX à suivre !!
1-Bernard Bilicki, c'est très jeune que vous avez été mis dans le creuset des arts martiaux ?
Bernard BILICKI : Oui, j’ai commencé comme beaucoup par le Judo dès l'âge de sept ans, avec mon père qui enseignait le Judo et déjà à l'époque le karaté n'était qu'à ses balbutiements. J'adorais ça : les projections, les balayages, les déséquilibres, les chutes….tout cela me fascinait et me rend d'ailleurs bien service aujourd'hui pour le Karaté-Jutsu. C'est vers l'âge de 12 ans que l'on "m'a mis" sérieusement au karaté alors que je ne le souhaitais pas vraiment et là j'ai détesté ! J’étais trop imprégné de judo traditionnel, celui que m'avait appris mon père, sans concession d'ailleurs, il était dur dans ses cours et il fallait que son fils soit devant les autres… Il faut dire qu'à l'époque, l'enseignement du karaté n'était pas "fun" et les Kihons qui n'en finissaient pas, les postures à tenir durant de longues minutes et les katas dont je ne voyais pas l'intérêt ne m'encourageaient pas à apprécier la discipline, mais je n'avais pas le choix. J'ai quand même passé mes deux ceintures noires de Judo et de Karaté à 18 ans.

2-Votre parcours de compétiteur est brillant. Pouvez-vous nous en parler en quelques mots ?
Bernard BILICKI : Mon passage de cinq années en équipe de France a été pour moi une formidable expérience. Il m'en reste aujourd'hui de nombreux amis que je retrouve à la FFKDA et avec lesquels nous développons le karaté en France. J'ai eu le bonheur de monter sur les podiums les plus prestigieux : champion d'Europe et vice champion du monde par équipe en 1980, triple champion de France en 1979,1980 et 1981, médaillé de bronze aux championnats d'Europe en 1979 et d'argent aux Jeux mondiaux en 1981. La responsabilité de capitaine de l'équipe de France m'a été confiée à plusieurs reprises, c'était chaque fois un honneur et une grande responsabilité.
Pourtant, malgré la compétition, je faisais déjà des recherches sur le karaté-do. Je n'ai pas attendu la fin de ma carrière sportive. C'était quelque chose qui était en moi dès le début, même si pour exister et pour être reconnu, ce sont les résultats sportifs qui priment.

3- Votre " DYNAMIC CLUB " de ROANNE, dans la LOIRE, jouit d'une réputation exceptionnelle. En votre qualité d'expert fédéral, vous parcourez les routes de France et de Navarre. Que vous apporte cette fonction d'enseignant ?
Bernard BILICKI : C'est essentiellement ce qui m'a permis d'être en osmose avec les autres. Lorsque je suis en kimono sur les tatamis, je suis en harmonie avec mon auditoire, mes partenaires et j'ai un réel plaisir à partager, à donner les "clefs"… au sens propre comme figuré! (rires). Je cherche à toujours être innovant, à ne pas ennuyer mon public. Au-delà de la technique, mon but est d'amener chacun à voir sa propre réflexion sur son art, en respectant chaque style ou école. Il faut aider les uns et les autres à évoluer, à s'élever dans leur discipline. Au travers du karaté-Jutsu dans les ligues, c'est le message que je tente de faire passer.
4-Le karaté-Jutsu évolue depuis maintenant plusieurs années au sein de la fédération française de karaté. Vous êtes parvenu à ce qui semblait très difficile : réunir les disciplines différentes sous le même toit.
Bernard BILICKI : Effectivement, dans un premier temps, il a s'agit de regrouper au sein de cette entité des disciplines, à tendance " self défense "qui évoluaient jusqu'à lors individuellement au sein de la fédération et d'en accueillir d'autres. Nous avons d'abord créé un tronc commun pour tous pour les examens de grades avec des épreuves de kihon, kihon ippon kumité et kata et ce dans le respect de la spécificité de tous. Parallèlement à cela une compétition nationale a été mise en place. D'autre part, les pratiquants de karaté-do étaient invités à participer à cette aventure avec, outre les aspects de défense personnelle développés dans le Jutsu, une réflexion autour de leur kata… dans lesquels on retrouve tous ces mouvements. Le karaté-Jutsu n'est pas " à part " du karaté-do, il en fait partie, il suffit simplement de le faire ressortir, à l'instar des Jutsu et judo, Aïki-Jutsu, Aïkido…. Donc nous avons eu du travail puisqu'il fallait se faire accepter, être à l'écoute, rédiger des règlements administratifs, s'adapter à chacun, tenter de satisfaire tout le monde en expliquant et non en imposant, former les pratiquants, les juges et arbitres, informer les ligues, départements et clubs !

5-Aujourd'hui le karaté-Jutsu semble être dans une deuxième phase et vous avez de nombreux projets en cours.
Bernard BILICKI : Oui, notamment un programme sur le karaté défense nécessitant de créer au sein du Karaté-Jutsu une méthode de self défense qui soit adaptable à différents publics, capable de répondre aux demandes (nombreuses) de tous. Cette méthode doit pouvoir trouver sa place dans tous les clubs de la fédération. Les styles et écoles actuellement représentés au sein du Karaté-Jutsu se développent chacune à leur rythme et de leur côté et ne suffisaient pas, faute d'implantation géographique suffisante, à cet ambitieux projet auquel néanmoins ils pourront adhérer sans difficulté.
6-Justement, si effectivement les disciplines à tendance "self défense" sont particulièrement prisées et notamment pour les ados et adultes, comment pouvez-vous satisfaire tous les publics.
Bernard BILICKI : Nous sommes partis du postulat que les pratiquants avaient, grâce à leurs connaissances martiales, une avance indéniable sur le pratiquant désireux de développer une méthode de self-défense mais qui ne possède pas de bases solides. Les atémis bien sûr, les blocages, les déplacements, les notions de distance, de déséquilibre, le travail des Bunkaï, sans compter l'expérience et les qualités pédagogiques de nos enseignants qui sont autant de fondations solides pour construire cette méthode. Ensuite, il faut s'adapter en proposant un large éventail de technique de clefs, de projections, d'atémis, d'étranglement contre des attaques variées : coups portés, saisies de face, arrière, au sol, avec armes, etc.…. Il est alors possible de pratiquer la " self-défense " en kimono…ou en civil dans son club. Pour ceux qui souhaitent aller vers la ceinture noire, nous avons élaboré une méthode, dans un premier temps de la ceinture blanche à la ceinture noire.

7-Donc cette méthode est ouverte à tous ?
Bernard BILICKI : Chacun y trouve son intérêt : les pratiquants de self-défense " tout court " et qui ne veulent pas entendre parler de kata ou de kihon, mais qui ne cherchent pas le " dan ", et pourquoi pas les professionnels des métiers de la sécurité puisqu'il est possible d'y inclure toute évolution nécessaire à cette population. Nous n'oublions pas les pratiquants d'arts martiaux auxquels nous offrirons la possibilité de passer leurs " dan " au travers de la progression et qui sera proposée aux professeurs…Il est vrai que nous aimerions amener progressivement les premiers cités vers l'art martial.

