Interviews


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12-Valera-Bilicki-Chouraqui
Valera-Bilicki-Chouraqui (traduction en anglais)
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16- Christian Tissier (Partie 1).
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17-Hassan FEKKAK (En Anglais). Partie 2
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 12-Valera-Bilicki-Chouraqui

 

   TRIO D'EXCEPTION                                            par Guy Sahri ©

 

Les héritiers et garants du Karaté de plusieurs générations de pratiquants ce sont donné rendez-vous au sein de la ville lumière, Paris la Capitale de l’Art. Le choix n’en fut que plus juste d’éloquence pour ce trio exceptionnel. L’esprit du Budo était bien là ce vendredi 4 avril 2008 au Stade Pierre de Coubertin pour un stage d’Experts. Un choix judicieux à connotation Olympique l’aurait soufflé le fondateur de cet Art, Gichin FUNAKOSHI.

Dominique Valera récemment promu 9eme Dan et ses deux compagnons de route un éloquent Bernard Bilicki 8eme Dan et non des moindres un élégant Serge Chouraqui 8eme Dan, ce sont échangé une passation de plusieurs décades de pratiques assimilées. Un tel niveau c’est du pur régal ! Mais le Karaté reste une fantastique aventure humaine. Pour preuve les 3 Ténors complices, passionnés investis d’une mission qui généralement dépasse le cadre du tapis de Karaté, furent impressionnant de finesse et de maîtrise. Il existe avec eux une relation particulière, un événement magique où parfois il est bon de s’arrêter, de regarder et d’écouter simplement. C’est juste que l’Art reste un don mais sans eux, cela n’existerait pas, sans nous, cela n’existerait plus.

C'est avec passion et un grand sens des réalités et une humilité certaine que ces trois légendes n'ont pas hésité à me confier en toute simplicité, leurs sentiments sur le Karaté actuel, son évolution et son avenir...

 


Guy Sahri: Pouvez-vous nous expliquer pour quoi ce Stage et quelle en est sa priorité ?

 

Serge Chouraqui:

La priorité tout d'abord c'était de pouvoir montrer et démontrer que pendant ce stage il existe plusieurs facettes du Karaté français, notamment le Karaté contact avec Dominique Valera que tout le monde connait. Le Karaté Jutsu avec Bernard Bilicki qui est un des précurseurs au sein de la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées et moi-même pour le Karaté dans sa généralité que l'on appellera le Karaté traditionnel...

 

Bernard Bilicki:

C’est déjà la réunion de trois Experts avec des identités différentes au niveau de la présence, de la notoriété de chacun mais dans un esprit commun. Depuis la saison dernière nous avions déjà décidé conjointement de faire un stage où seraient présentes les 3 disciplines, c'est-à-dire, le Karaté Traditionnel avec Serge, le Karaté Contact avec Dominique et le Karaté Jutsu avec moi. C’était surtout pour répondre justement à un esprit de modernité au niveau du Karaté. A savoir que le Karaté Traditionnel est toujours de mise, bien évidemment et que le Karaté Contact est plus une ouverture par rapport à une Société de Consommation, de besoins et, on va dire, de plus de contacts, donc, à mon avis, dans la direction que prend le monde aujourd'hui. Les gens veulent voir autre chose et l'intérêt c'est de pouvoir, avec une seule licence fédérale, faire toutes les disciplines proposées par la Fédération Française de Karaté et Disciplines Associées. Et, en dernier lieu, le Karaté Jutsu qui pour moi est important. A l'origine cette discipline, avant la classification des Arts Martiaux Japonais en 3 disciplines, c'est- à-dire le Judo, le Karaté et l'Aïkido, était le Jutsu. En fait le mot Jutsu provient de la terminologie chinoise. C’est la capacité et l’habileté à se mouvoir, autrement dit à répondre le plus efficacement et le plus rapidement possible à une attaque. Le Karaté Jutsu est une discipline qui permet de s'adapter en fonction des différents types d'affrontement, soit dans des distances telles que le Karaté peut connaître dans son aspect traditionnel, soit dans le Karaté Contact avec une forme de corps a corps  appropriée et en fonction de la distance afin de pouvoir, si la situation le permet, s’adapter à l’attaque par une clé, atemi ou une projection suivant la situation donnée. On réunit ainsi une origine de l'Art Martial dans les années avant la classification des 3 principaux Arts Martiaux.

 

Dominique Valera :

Comme Serge et Bernard l’ont dit… Je crois que ce stage a été organisé sur le fondement que nous avions décidé de faire sur Paris, ce qui n'avait pas eu lieu depuis longtemps, un stage avec 3 experts, de trois disciplines différentes: le Traditionnel avec Serge, le Jutsu avec Bernard et avec moi le Contact. Une belle brochette d'experts, si je puis dire, pour montrer nos techniques…

 

« Nous sommes très soudés… »

 

Guy Sahri : La pratique à 3 c'est une force ou un plaisir partagé ?

 

Bernard Bilicki :

Comme je le disais précédemment, c'est une très bonne chose. Les élèves qui viennent à notre stage trouvent donc un intérêt puisqu'ils ont affaire à trois Experts aux codes gestuels différents mais par contre avec une philosophie commune qui nous engage tous à travers ce que l'on pratique.

 

Dominique Valera :

C'est les deux. D'une part, cela permet  de montrer  à nos pratiquants  que nous sommes très soudés au niveau des experts et d'autre part cela permet de se faire plaisir dans 3 disciplines différentes et que les gens trouvent du bonheur. En effet, on s'aperçoit souvent qu'il y a, dans les stages, des personnes qui perdent un peu pieds et sont démotivées alors qu'en faisant des stages pas très longs mais diversifiés, comme le Jutsu, le Traditionnel et le Contact, on s'aperçoit que les gens sont beaucoup plus motivés.

 


Serge Chouraqui:

Tout à fait les deux. Absolument les deux !

Parce que c'est une force de rencontrer trois personnes avec une certaine expérience qui ont aux alentours de plus 40 années de pratique aussi bien au niveau de la compétition que de l'enseignement. C’est aussi une excellente expérience partagée avec les participants du stage. C'est également un plaisir parce que nous sommes tous les trois dans le circuit depuis de nombreuses années. Nous nous connaissons bien ayant le même point de vue et nous avons étaient tous les trois anciens compétiteurs en équipe de France. Nous avons un seul objectif c'est de faire connaître le Karaté sous toutes ses facettes avec le plaisir bien entendu.

 

« Il s'agit de devenir olympique… »

 

Guy Sahri : Quels sont pour vous les enjeux actuels du Karaté?

 

Dominique Valera :

(Sourire) Je pense qu'il s'agit de devenir olympique, ce qui est mal barré à mon avis, mais bon … On essaye de faire le maximum ! Je pense que le travail en amont, ces 10 ou même 20 dernières années n’a pas été bien fait. Il y a eu surtout des réunions de travail, des réunions importantes que l'on a loupées parce que le Taekwondo est passé et que nous ne sommes pas passés. J'en déduis donc qu'il y a eu un vide quelque part.

 

« Nous devons, nous les anciens, assurer la pérennité de notre Art Martial… »

 

Guy Sahri: Pensez-vous que face à la montée en puissance d'une échéance Olympique la tradition séduit encore ?

 

Dominique Valera :

Il y a deux choses qu'il faut bien distinguer dans notre Karaté: Le Karaté pratiqué par tout le monde, qui est intéressant parce qu'il n'y a pas de limite, pas de frontière, et le Karaté de compétition qui est simplement une escrime de poings-pieds qui permet de développer notre Karaté sportif. Le Karaté sportif n'est qu'une infime partie du Karaté. Le Karaté est bien plus riche que tout cela. Il y a beaucoup de techniques dans tous ces sports de compétitions qui sont vraiment très efficaces. Quand je vois les gens parler du K1, avec des coups de coude, des coups de genoux puissants on brouille les cartes, on a même des Katas qui s'appellent comme çà !!  C'est pourquoi je dis toujours aux gens qu'on a pris en compétition que quelques techniques et on appelle çà du Karaté, mais ce n'est pas du Karaté, c'est de la « compétition de Karaté ». On a  réduit vraiment tout çà quoi !

 

Serge Chouraqui:

Comme le rappelle Dominique, Il faut bien naturellement séparer la pratique sportive et la pratique de l'Art martial par lui-même. Être au sein des Jeux Olympiques au contraire je trouve que c'est déjà une performance et qui plus est pour notre discipline cela permet déjà de la faire connaitre. C'est une place importante pour nos athlètes. On sait que l'Olympisme reste la finalité pour un pratiquant, un sportif de haut niveau. Maintenant que cela puisse détériorer l'image du Karaté dit traditionnel, absolument pas ! On peut toujours bien pratiquer dans son Club l'art martial avec sa finalité, et tout ce qui s'en dégage notamment sa philosophie et en même temps pratiquer le côté sportif. Je pense que cela fait partie intégrante de l'enseignant et bien entendu de l'éducation que l'on peut donner aux pratiquants.

 


Bernard Bilicki :

Pour être un peu plus médiatisé par rapport à ce que dit Serge, rentrer dans l'Olympe, me paraît effectivement important. Surtout au niveau du Ministère de la  Santé, de la Jeunesse et des Sports afin que l'on ait enfin une reconnaissance mondiale du Karaté qui le ferait mieux connaître, je veux dire surtout d'une manière positive. Je pense qu'une forte médiatisation est effectivement importante et nous sommes plusieurs personnes à penser que même si le Karaté devient olympique, ce que j'espère, nous devons, nous les anciens, assurer la pérennité de notre Art Martial et de la tradition dont nous seront les garants. Je pense que c'est nécessaire pour assurer d'autres valeurs que le côté sportif.

 

« C'est la référence »

 

Guy Sahri : Avoir entrainé et côtoyé les meilleurs athlètes et pratiquants mondiaux n'amène t-il pas certains élèves à avoir des exigences bien au-delà de leurs capacités ?

 

Serge Chouraqui:

Je pense que sur ce point Bernard et Dominique seront d’accord. Nous avons étaient élèves compétiteurs, professeurs, entraineurs …et maintenant experts. Ce sont des exigences tout à fait normales pour un athlète de haut niveau de vouloir atteindre absolument le top du sommet, c'est à dire les premières places dans toutes les compétitions. L'athlète doit être exigeant par rapport à son potentiel et rester dans une marge de progression qui lui permette ainsi non seulement d'atteindre cet objectif principal, mais aussi de le perdurer et de le conserver. Bien entendue avoir côtoyé les meilleurs athlètes et pratiquants mondiaux, c'est la référence. Mais cela reste aussi une réaction tout à fait normale pour un athlète de haut niveau...

 

« C’est le mental qui fait la différence… »

 

Guy Sahri : Le Karaté étant un art dit de contrôle mais aussi un sport, attachez-vous plus d'importance à l'esprit sportif des combattants qu'à leurs prouesses physiques et techniques?

 

Dominique Valera :

J'attache surtout de l'importance à l'individu. Mais bon… c’est vrai qu’à une certaine époque je n’étais pas du style à faire des clins d’œil. Bernard et Serge savaient bien que lorsque j’arrivais à une compétition je n’étais pas là pour serrer les mains et dire bonjour. Les gens me prenaient  pour un mec orgueilleux, inaccessible. En fait, je restais dans une bulle pour ne pas être intimidé. Dans les vestiaires, j’éclatais intérieurement, je ne regardais personne. Parfois, j’entendais des mecs qui se foutaient de ma gueule parce que, à l’époque, ma mère me donnait des charentaises pour que je n’aie pas froid. Dans ma tête, je me disais : « tu vas voir, la charentaise, quand tu vas prendre ce qu’il y a l’intérieur dans la gueule, tu vas moins rire ». Je me conditionnais. J’avais une réputation de mec pas facile du genre à dire : « Qu’est-ce qu’y a, toi ? ». Juste avant le combat, je fixais le mec droit dans les yeux. Il devait voir deux mitraillettes ou une massue qui allait lui tomber dessus. Après dans le combat, il y avait deux possibilités différentes. Soit tu t’imposais d’entrée et tu te montrais que tu étais le plus fort, soit tu utilisais la tactique de l’abus de confiance. En fait tu laissais venir le mec, pour qu’il prenne confiance puis tu rentrais comme un tournevis et, là tu le séchais. Un exemple si je m’en souviens bien, le 10 aout 1969, finale de la coupe du Mondiale des ceintures noires à New York. Juste avant le combat, un Américain vient me voir en me disant : « vous avez vu contre qui vous tombez… Hawks Frazier ! Il fait 1,92m et 107 kg ». Je lui ai répondu : « Il doit faire du bruit quand il tombe. » Le mec m’a regardé droit dans les yeux et m’a dit : « You are crazy ! (t’es fou toi !) ». Je lui ai répondu : « Yes ! Moi, completely crazy ! » Par la suite il a dû aller voir mon adversaire pour le lui dire. Et c’est vrai, il a fait du bruit quand il est tombé ! J’entends encore l’écho. (Rire)… Mais il ne faut surtout pas se laisser intimider. Ca c’est un état d’esprit ! Il faut annoncer la couleur d’entrée !! On fait un sport de combat pas de la pétanque tout de même… Il y a l’aspect purement sportif (technique, tactique, physique) mais il ne faut pas oublier ce côté combat. Il faut toujours être dans un esprit guerrier… Tu sais je vais te dire à un certain niveau, c’est le mental qui fait la différence. L'être humain m'intéresse à travers sa pratique, alors qu'il pratique du Basket, du Karaté, du Tennis ou du Golf, je m'en fiche, ce que je veux c'est qu'il s'épanouisse à travers ce qu'il a choisi. C'est ça le plus important pour moi. S'il a choisi le Karaté, tant mieux pour nous, s'il a choisi  le Golf, tant mieux pour lui.

 

« On crache sur le système… »

Guy Sahri : Ces dernières années on reproche beaucoup à la compétition de voiler complètement la tradition. On voit également l'émergence de plusieurs Fédérations ou Confédérations internationales et mondiales qui se disent différentes, qu'en pensez-vous ?

 

Dominique Valera :

Je pense que, arrivé à ce niveau là, il est dommage de devenir des concierges. Il y a beaucoup de gens qui pratiquent dans un "truc" et qui, du moment où ils sont virés ou relégués à la troisième place, disent n'importe quoi pour revenir à la première. C'est facile d'agir comme cela mais je ne pense pas que cette attitude soit très martiale. Quitter quelque chose puis après cracher dans la soupe, c'est vraiment trop facile !  Pendant 20 ans on a été dans un système puis, d'un seul coup, parce qu'on est viré, pas parti, mais viré, on crache sur le système, je pense que là-dessus il faut quand même remettre les choses à leur place.

 

« Un autre contact.. »

 

Guy Sahri: Que représente pour vous le fait d'être un Expert Fédéral au sein d'une des Fédérations les plus importantes au niveau mondial ?

 

Bernard Bilicki :

L'Expert Fédéral est une personne qui possède une maîtrise de sa technique au travers de laquelle il va véhiculer des messages techniques et pédagogiques, rien à voir avec le côté "Maître". C'est un grand mot, mais le mot Expert va plutôt s'adresser à une multitude de personnes, sans rentrer véritablement dans les détails. A l'origine on appelait les « Soto Deshi » et les « Uchi Deshi ». On appelait « Soto Deshi » le professeur qui donnait un cours technique et pédagogique à tout l'ensemble de ses élèves. Par contre s'il y avait une personne à qui il voulait faire une passation, c'est-à-dire un « Uchi Deshi », Disciple de l'Intérieur, il avait alors une notion de Maître, un autre contact. On s'approchait plus du côté spirituel. Donc, le mot Expert, sans être vulgarisé, s’adresse à une personne qui va communiquer son savoir technique et pédagogique mais pas son savoir au niveau de l'âme.       

                                                 

Dominique Valera :

Cela me fait l'effet d'être dans une structure vraiment forte et je pense que les compagnons Experts qui sont avec moi sont aussi des gens très performants. Ils ont chacun un parcours individuel assez éloquent. Pour moi c'est que du bonheur. Je viens d'être nommé 9ème Dan par la Commission Spécialisée des Dan et Grades Equivalents, cela fait 4 ou 5 jours, et comme je leur ai dit, cela me fait plaisir. On est tous au même niveau mais, bon, d'être 9ème Dan vivant, j'aime mieux que d'être 10ème Dan mort!

 

Serge Chouraqui :

(Sourire) Dominique a parfaitement raison ! Je me rappelle qu’à l’époque recevoir une graduation était une immense fierté et d’être parvenue à être des initiés dans l’efficacité, on avait l’impression d’être devenu des surhommes. Avoir la ceinture noire, c’est comme le ciel qui s’ouvre. Plus on vieillit, plus on doit avoir cette responsabilité en expert ou non, se poser la question de savoir si on la mérite. Donnons-nous le bon exemple ?  Véhiculons-nous les valeurs essentiels du Karaté et de la vie ? Par contre le niveau de la ceinture et de ses graduations doit être accessible à tous, sans être bradée pour autant. Mais je ne crois pas qu’elle soit galvaudée aujourd’hui. On pourrait le penser parce que le nombre a augmenté, mais ce n’est pas parce qu’il ya plus de généraux dans l’armée aujourd’hui que ce grade est galvaudé.

 

« La ceinture c'est bon pour attacher le pantalon… »

 

Guy Sahri: Finalement Monsieur Valera 9ème Dan ? Un aboutissement ?

 

Dominique Valera :

Non, c'est une continuité de ce que j'ai fait jusqu'à maintenant. Parce que, si demain on me met une ceinture blanche, pour moi, cela ne m'empêchera pas de bosser, ça ne me prend pas la tête étant donné que j'ai toujours dit que la ceinture c'est bon pour attacher le pantalon, à partir de là, que j'ai du noir, du bleu ou du rouge, moi je m'en fiche, ce qui compte c'est le bonhomme, le reste... ce n’est que du bonheur !



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