Interviews


1-Olivier Gruner
2-Christophe Carrio
3-Alex Biamonti
4-Catherine Belrhiti
5-Bertrand Amoussou
6-Jean Pierre Lavorato.
7-Abdel Qissi.
8-Christophe Tendil
9-J & S Buil.
10-Bernard Bilicki
11-Philippe Lacombe
12-Valera-Bilicki-Chouraqui
Valera-Bilicki-Chouraqui (traduction en anglais)
13-Dominique Valera.
14-Serge Chouraqui
15-Jean Pierre Fischer
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 1.
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 2.
16- Christian Tissier (Partie 1).
16- Christian Tissier (Partie 2).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais). Partie 2
17-Hassan FEKKAK (Partie 1).
17-Hassan FEKKAK (Partie 2).
18-Claude Goetz.



 14-Serge Chouraqui


Interview réalisé par Guy SAHRI.

 

C'est intéressant de voir comment « l'histoire » bégaie parfois mais ce qui reste le plus frappant à l’esprit quand on rencontre ce « Ténor » de l’Art Martial, ce n’est pas la catégorie « paillettes », « Monsieur Univers » tee-shirt moulant et grande « Gueule » à vous éclater les tympans, mais plutôt « …un maitre qui marche à l’ombre du Temple, parmi ses disciples, ne donnant pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de sa tendresse ». Un Maitre d’armes désarmé démontrant que « …s’il est vraiment sage, il ne vous invitera pas à entrer dans le logis de la sagesse, mais il vous guidera jusqu’au seuil de votre esprit ». Un trésor humain caché à l’ombre de la ville lumière dans son Dojo mythique de la rue Daguerre, le Sporting International Karaté Club – SIK à Paris. Pour les initiés on ne présente plus ce Dojo d’un extérieur assez banal, mais il en est autrement une fois la porte du passé ouverte. En quelques secondes une onde de tradition et de respect nous éblouit tant par sa simplicité que par son aspect sportif.

Serge CHOURAQUI est né en 1949 à Alger en Algérie. Dès sa plus tendre enfance il rejoint la France et s’éprend d’un Art qui l’amènera à devenir l’un des meilleurs enseignants de sa génération. Il formera et entraînera en outre les plus grands champions Kata et Kumité d’Europe et du Monde tels que Gilles CHERDIEU, David FELIX, Marc PYREE, Robert GOMIS, Alex N’DEM, Annibal JEGHAM, Arnaud ANATOLE, Stéphane CARAARTINIAN, Marc PICHON, Patrick CARBONEL, les trois frères Serge, Jacques et Daniel SERFATI, Patrick JEANDILLOU, Bruno PELLICER, Sophie BERGER, Mohamed KATIRI, Pierre FLAVIAN, Wally FALL, Gaston ETINOFF, Catherine BELRHITI, Jean-Philippe PERPERE, Sidi-Mohamed BICH, Laetitia GUESNEL, Jessica et Sabrina BUIL, Michaël MILON, Véronique LE JEAN MESNIL, Chantal JOUANNO, David SIMON, Christophe DEVITO, Myriam SZKUDLARECK, Joël CARPIN etc. pour ne citer que certains parmi tant d’autres…

Éclectique dans bon nombre de domaines il étudie l’Art, les Sciences, les Lettres et reçoit l’échelon « Vermeil » de la Ville de Paris. De part sa recherche incessante, il détermine « …un Karaté où l’efficacité du pratiquant est libre de rejaillir sur son propre Karaté en relation avec ses croyances, ses sensations et ses limites physiques ».

Actuellement 8ème Dan il est aussi Lieutenant-colonel de la réserve citoyenne de l’armée de l’Air et «parrain » de la section Karaté du prestigieux Lycée militaire Français créé par Napoléon Bonaparte, Saint-Cyr. Médaille d’Or du Ministère de la Santé, de la Jeunesse, et des Sports il a été aussi récompensé pour son engagement fidèle, son dévouement et son brillant parcours au sein du Karaté Mondiale et Français. L’insigne de « Chevalier de l’Ordre Nationale du Mérite » lui a été décerné.

N’attendez pas de lui qu’il se prenne pour je ne sais qui. De part son apparence élégante, un débit de parole compté, sans emphase, on ne parierait pas un sou sur cet ancien. Mais il faut se méfier du chat qui dort… Serge CHOURAQUI nous ouvre les yeux sur une pratique rare et exceptionnelle.

 

-L’idée de pratiquer le Karaté vous est venue à quel âge?

 

Serge CHOURAQUI:

(Sourires)… En fait c’est venu tout simplement lorsque j’ai assisté à une démonstration de Karaté pour la première fois à Paris. J’ai été excessivement impressionné justement par la discipline, bien entendu, le coté « physique », « artistique » et « synthétique ». Et surtout l’aspect « philosophique » qui, à l’époque où je n’avais que 16 ans, était pratiquement tout à fait nouveau et indispensable pour ma maturité…

 

« Le fait d’exister encore… »

 

-Après plus de 40 ans de pratique quels sont les plus beaux moments que le Karaté vous a fait vivre?

 

Serge CHOURAQUI:

Les plus beaux moments de pratique sont certainement le fait d’exister encore, de pouvoir continuer à pratiquer avec un état physique relatif bien entendu… et d’avoir autant de motivation, de plaisir dans cette pratique aussi bien sur le plan personnel que sur le plan pédagogique et sur le plan enseignement.

 

-Pensez-vous modifier votre pratique en fonction des problèmes de violence dans le monde ou gardez vous toujours le même travail?

 

Serge CHOURAQUI:

A l’intérieur du Dojo je continue à faire mon travail en estimant que c’est le bon puisque nous avons toujours de très bon résultats tant sur le plan sportif que sur le plan humain puisque les anciens restent toujours fidèles au Dojo. Nous sommes d’abord, nous enseignants, des éducateurs et je crois, sur ce plan là, avoir complètement accompli mon travail...

 

« 50 millions de pratiquants… »

 

-Trouvez vous que l’enseignement technique du Karaté a-t-il évolué ces dernières décennies?

 

Serge CHOURAQUI:

(Sourires)… Ohhh, il a certainement évolué! Si on continue à être dans le circuit on se rend bien compte, heureusement d’ailleurs que le Karaté s’est beaucoup modernisé même en gardant ses fondamentaux et ses bases comme dans tous les domaines aussi bien sur la Compétition et sa technicité en compétition qu’au niveau de l’enseignement. Le Karaté avec ces 50 millions de pratiquants dans le monde est devenu de plus en plus riche surtout grâce à son expansion à travers de nombreux pays. Le Karaté est le deuxième Art Martial le plus pratiqué, derrière le Taekwondo (60 millions de pratiquants) mais devant le Judo (8 millions de pratiquants). Pourtant contrairement à ces deux derniers il n'est pas Sport Olympique…

 

« Pouvoir s’exprimer sur le plan sportif… »

 

Depuis le Mondial WKF 2009 de Tokyo une nouvelle ère vient de s’inscrire, quelles ont été pour vous les nouveautés apportées en matière de Réglementation Technique et Pratique pour le Karaté mondial?

 

Serge CHOURAQUI:

Les nouveautés sont le « plastron », le « casque », une forme différente sur les « gants » et les « protèges tibias-pieds » pour une meilleure sécurité. A mon avis ce n’est pas plus mal pour une intégrité totalement physique vis-à-vis des pratiquants. C’est une bonne chose avec en plus le « contrôle  absolu » au visage ce qui permet aux pratiquants de pouvoir s’exprimer sur le plan sportif. Je pense que cela continuera à se développer dans ce sens là pour pouvoir intégrer les Jeux Olympiques…

 

La World Karaté Fédération – WKF vient d’introduire le port du « plastron » et du « casque » pour les 36ème Championnats d’Europe Cadets/Juniors et également la toute nouvelle Coupe Européenne des -21 Ans pour les combattants. Pensez-vous qu’il existe une « subjectivité » dans les décisions arbitrales face à une entrée du Karaté au niveau Olympique?

 

Serge CHOURAQUI:

L’arrivée du « plastron » et du « casque » évitera, je l’espère, la « subjectivité » dans les décisions arbitrales et peut être consolidera notre sécurité au niveau des dirigeants du Sport Olympique. Cela permettra d’avoir un contact beaucoup plus sérieux et qui plus est permettra à cette décision d’être aussi précise que possible d’autant plus que les Règles se sont nettement améliorées et acceptées…

 

« La sécurité n’a pas de prix… »

 

-Ne craignez vous pas que l’arrivée de nouveau support de protection n’augmente le coût de la pratique?

 

Serge CHOURAQUI:

(Sourires) Je dirais que la sécurité n’a pas de prix ! Si on prend n’importe quelle discipline comme le Football par exemple, les chaussures, les protège-tibias, le maillot, le sac, l’équipement etc. coûte aussi cher que le Tennis! Maintenant prenons l’exemple du Tennis ou de n’importe quel sport où il y a un équipement relatif je ne pense pas que l’on soit l’un des plus chers!

 

« Nous avons toujours une « chance »… »

 

-Pratiquement à quelques mois de la de la décision des « 33 critères » d’admissions du vote Olympique quelles sont pour vous les chances et les faiblesses pour le Karaté?

 

Serge CHOURAQUI:

J’estime que nous avons toujours une « chance » sinon on ne se battrait pas pour cette victoire…

Le côté positif est qu’il ne faut pas oublier que le Karaté est pratiqué par des millions de personnes sur tous les Continents du monde entier et que cela devient de plus en plus pointu justement au niveau des Compétitions, au niveau de la compréhension, au niveau journalistique et télévisuel. Cela peut être un Sport, un Art  excessivement démonstratif et qui peut être agréable à voir…

Sur le côté négatif, 5 sports non-Olympiques ont été examinés par la Commission du programme Olympique: le Roller, le Squash, le Golf, le Karaté et le Rugby à sept. 2 ont été retenus pour être au programme des Jeux de Londres de 2012: le Squash et le Karaté. Ils ont tous les deux obtenu 60% des voix en leur faveur, mais la majorité des 2/3 était requise. Cette année une nouvelle session aura lieu en Octobre 2009, à Copenhague, pour déterminer quelle ville organisera les jeux de 2016 et quels seront les sports présents. Le Karaté fait parti une nouvelle fois des 5 sports non-Olympiques éligibles et désormais la majorité absolue des voix suffit. Cela restera difficile et j’espère que le lobbying fonctionnera, mais malheureusement ce n’est plus de mon ressort à ce niveau là…

 

« Nous sommes les garants d’une éthique… »

 

-Quelle est l’importance de l’arbitre selon vous dans les compétitions à tous les échelons et bien entendu au niveau mondial?

 

Serge CHOURAQUI:

Sans l’arbitre, on ne peut pas faire de compétition à tous les échelons si nous n’avons pas de « Corps Arbitral ». L’importance ne va pas sur le point « quantitatif » mais sur le plan « qualitatif »…

Le côté sportif du Karaté c’est aussi le respect des autres. A défaut d’observer l’institution de protocoles officiels au cours des rencontres sportives, protocoles ayant pour but d’exprimer, par la courtoisie, la reconnaissance du rôle de chacun, le rôle de l’Arbitre, par sa façon d’être et de se comporter, est de contribuer à ce que ce principe prévale en toute circonstance…

Le respect absolu de la « règle » est la condition de l'égalité des chances entre les compétiteurs et peut, seul, garantir qu'à l'arrivée, le résultat se fonde uniquement sur la valeur. Il est dès lors indispensable que l’Arbitre ait une connaissance aussi parfaite que possible des règles du jeu et de leur interprétation. A cette fin, il doit veiller à effectuer une révision et une mise à jour très régulières de son savoir en ces domaines, afin de maîtriser au mieux son Art et de pouvoir toujours l’appliquer dans les meilleures conditions possibles. Il ne doit laisser planer aucune zone d’ombre sur ses connaissances et doit chercher à lever toute incertitude sur une situation de jeu en se mettant à la recherche de conseils avisés, tant auprès de ses propres collègues qu’auprès de ses instances de référence. Pour cela il faut absolument au sein des Fédérations une « information » et une « communication », très serrées, très pointue, très précises pour que nous ayons les meilleurs Juges et Arbitres parce que nous sommes les garants d’une éthique à tous les échelons!

 

« Surtout un « meilleur esprit »… »

 

En tant que pratiquant, professeur, Expert Fédéral et ex-Juge Technique mondial WKF, vous vous devez des orientations, des objectifs précis?

 

Serge CHOURAQUI:

(Sourires)…  Les objectifs sont de progresser  en même temps que le Karaté progresse. D’être toujours « ouvert » à toutes les possibilités, à toutes les écoutes pour « partager » avec les autres professeurs du monde entier, les autres Experts, leurs expériences, leurs vécus et pour pouvoir apporter des éléments supplémentaires pour un meilleur enseignement, une meilleure pédagogie pour que nous puissions toujours avancer avec une meilleure technicité et surtout un « meilleur esprit » afin de passer le témoin aux autres générations…

 

-Aujourd’hui, quand vous vous remémorez vos débuts en Karaté, pensiez-vous en arrivée à un tel niveau?

 

Serge CHOURAQUI:

(Sourires) Certainement pas! Certainement pas… Mais quand on continue à progresser à rechercher, on avance, on finit par se rendre compte qu’on a peut être progressé quelques part, ça ce n’est pas moi qui peut le dire, je dis bien peut être parce que ce sont en premier mes élèves, les personnes  qui m’entourent qui me voient depuis de nombreuses années à qui on peut finalement demander si j’ai vraiment progressé!

Je pense surtout avoir progressé spirituellement et philosophiquement. C’est ce qui m’a permis d’être « apaisé », « heureux » aussi bien dans ma vie de Karatéka que dans la vie en générale…

 

« Une certaine connaissance de l’Art… »

 

-Cet aspect spirituel, finalement a-t-il pris le pas sur l’aspect physique?

 

Serge CHOURAQUI:

Oui et Non… On ne peut parler de « spirituel » que si on n’a pas pratiqué le Karaté. Le contraire est impossible. Dans l’Art Martial on ne peut comprendre la spiritualité à travers une discipline que si l’on a au moins une certaine connaissance de soi et de l’Art que l’on pratique. En quelque sorte « on ne met pas la Charrue avant les Bœufs »… voila!

 

-Est-il possible de trouver de nouvelles techniques en Karaté?

 

Serge CHOURAQUI:

Ohhh je pense que oui! Il y a certainement de nouvelles techniques que nous verrons… Mais je te dirai que la meilleure technique c’est celle qui est la plus propre, la plus nette, la plus précise, la plus sobre et la plus efficace. Donc on doit avant de trouver une autre technique peaufiner celle que l’on a déjà!

 

« Elles sont indispensables et indissociables »

 

-Comment résumeriez-vous l’approche du Karaté Traditionnel et Compétitif?

 

Serge CHOURAQUI:

L’approche du Karaté Traditionnel vis-à-vis du Karaté de Compétions a toujours été le même. L’un ne va pas sans l’autre!

Le Karaté Traditionnel à ses fondamentaux qui est basé sur des techniques de percussion utilisant l'ensemble des armes naturelles du corps (doigts, mains ouvertes et fermées, avants bras, pieds, tibias, coudes, genoux, tête, épaules ...) en vue de bloquer les attaques adverses et/ou d'attaquer. Les techniques regroupent des parades, des esquives, des balayages, des projections et des clés. Des nuances de contenus techniques sont relativement marquées en fonction du style « Shōtōkan, Wadō-Ryū, Shitō-Ryū, Gojū-Ryū »... Pour acquérir la maîtrise de ces techniques en combat, l'enseignement comporte trois domaines d'étude complémentaires: le Kihon 基本, les Kata ou et le Kumite 組手. La compétition c’est l’adaptation de ces fondamentaux par rapport à une réglementation et on essaie de l’appliquer vis-à-vis d’un partenaire, d’un espace, d’un espace- temps etc. J’estime que si l’on veut continuer à pratiquer le Karaté il faut connaitre toutes ces facettes là. Elles sont indispensables et indissociables…

 

« Celle du Karaté est incommensurable! »

 

-Pour finir avez-vous une passion en dehors du Karaté?

 

Serge CHOURAQUI:

(Rires)… J’allais dire d’autres « Hobbies », c’est certain! Une passion qui m’anime comme le Karaté ca va être difficile parce que j’estime que je ne suis pas encore au bout de cette pratique et pas encore au bout de cette passion qui m’animera le plus longtemps possible. C’est sûr que ma passion entre autres, c’est ma famille, mes enfants, mes petits enfants… je peux partager d’autres passions comme la lecture, les choses simples de la vie, mais celle du Karaté est incommensurable!


Serge CHOURAQUI & Dominique VALERA une amitié de quarante ans... 


Pour tous renseignements nous vous invitons à visiter le site de Serge CHOURAQUI en cliquant sur l’adresse suivante : www.sikarate.fr

 

Montage réalisé par David SALUCCI ® 



Dominique Valera  |  Approche du Karaté-Contact  |  Principales techniques  |  Le Karaté-Contact pour Auto-Défense
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