
HASSAN FEKKAK INTERVIEW
Avec talent et détachement…
Par Guy Sahri ©
Présentation David Salucci ©
A l’heure où la mondialisation impacte de plus en plus notre environnement et nos Sociétés, entre un virtuel et un irréel que l’on n’arrive plus à distinguer, le combat pour la réduction des inégalités Nord-Sud ne fait que commencer. Comment se résigner quand on voit le superflu des uns qui est sans limite alors que l’essentiel des autres n’est même pas satisfait… Comment doit-on admettre tout cela alors que c’est inadmissible. L’humanité prend conscience de ces faits, le besoin de faire partager la vérité s’accroît de manière significative. Pour autant j’ai voyagé dans des pays minés par la pauvreté, dans des pays où les communautés se battent pour survivre, dans des lieux ravagés par la guerre où tout espoir semble perdu, soudain, un ballon apparaît, fait de sacs en plastique ou de journaux, c’est ainsi que naissent l'espoir et le rêve dans lequel existe un processus irréversible où on peut encore s’abandonner à la magie, celle du « Sport ». Je croyais à l’abondance mais pour finir je découvre la rareté. Le Sport est présent partout dans le monde. Il est toujours possible de voyager à pieds, à cheval ou en bateau à voiles et d’apprendre à gérer les facettes de nos multiples dimensions, afin de retrouver qui nous sommes réellement, pourtant il ne faudrait pas imaginer qu’un homme, débordant d’énergie et de projets, ancien membre de l’Equipe de France de Karaté au palmarès riche de plusieurs titres internationaux, soit un rescapé de quelque cité perdue du monde… Tordre le cou aux clichés fait partie des objectifs d’Hassan Fekkak. Il ne vient pas de France mais de la région de Casablanca au Maroc qu’il quitte à l’âge de dix-huit ans pour entamer à Paris des études de gestion. Ses aptitudes le conduiront au plus haut niveau de sa pratique. Au début des années 1990, via les campagnes de promotion du Sport dans les quartiers en grande difficultés, le champion découvre un univers, celui des banlieues. Entier et exigeant, il ne se satisfait pas de ces actions médiatisées, saupoudrage de bonnes intentions sans lendemain. Sans cesse bataillant et « va-t’en guerre » sans frontière il sensibilise tant bien que mal l’approche du Karaté et de la citoyenneté en ce que cet Art Martial est vecteur de valeurs relationnelles et sociales plus que toute autre activité physique et Sportive. En effet, la pratique d’un Art Martial permet une prise de conscience des notions de respect, de discipline, d’autorité, de ponctualité et finalement de l’apprentissage de la vie en société par l’intériorisation des règles du « vivre ensemble », vivre et accepter l’autre. Un regard de l’autre qui nous est souvent différent et parfois rempli d’incertitude. C’est ce que Platon dans La République nomme l’apprentissage de la citoyenneté après l’acquisition des fondamentaux « lire, écrire et décrire » et du savoir et savoir-faire…
Hassan Fekkak c’est aussi l’homme de tous les changements où « l’insertion exige autre chose que des paroles : du travail, une formation, un hébergement ». Diplômé de l’École Supérieure de Commerce du CNAM et de l’École Supérieure de Commerce HEC en Coaching-Management, Consultant en Coaching d’Entreprises Internationales, 6ème Dan et Expert Fédéral FFKDA, Directeur Technique National de la Fédération Royale Marocaine de Karaté et Disciplines Associées – FRMKDA, fondateur d’innombrables associations il vient d’être récemment récompensé pour son engagement fidèle, son parcours au sein de la vie politique Française et de la ville. L’insigne de « Chevalier de l’Ordre Nationale du Mérite » lui a été décerné par le Président de la République Française. Quant au volet technique, il s'en est chargé il y a de cela un an en mettant en place, avec le Président de la Fédération Royale Marocaine de Karaté et Disciplines Associées – FRMKDA, le 6ème Championnat du Monde Cadets, Juniors et Espoirs qui aura lieu à Rabat du 12 au 15 Novembre 2009. L'édition mettra en lice pas moins de 100 pays. La dernière édition 2007 organisée à Istanbul, Turquie, avait accueilli 90 pays. Récemment lors de la conférence de presse donnée à Casablanca ce nombre important d'arrivées, s’est expliqué par le fait que les Cadets et les Juniors seront accompagnés de leurs parents. Ceci ouvre une nouvelle ère en termes de responsabilité qui n’est pas seulement un fait, mais aussi une valeur, la valeur de notre vie…
Guy Sahri: Qu’est ce qui fait courir Hassan Fekkak ?
Hassan Fekkak:
C’est très simple... L'amour de la vie, de l’être humain et celui de notre existence !...
« De nouvelles senteurs, de nouveaux visages… »
Guy Sahri: Le fait de voyager à travers de nombreux pays vous a-t-il plus ouvert sur les difficultés que l’on rencontre dans notre société ?
Hassan Fekkak:
Le voyage est une école de la vie. C'est une ouverture de l'esprit et un enrichissement sans équivalent. Je reprends une fameuse citation de Johann Wolfgang Von Goethe : « Celui qui sait profiter du moment, c'est là l'homme avisé ». J’essaye de vivre le voyage avec les yeux d’un enfant qui, émerveillé, découvre chaque jour de nouvelles choses. Quand je vais dans un pays étranger, j’adore remarquer la culture, le mode de vie, de nouvelles senteurs, de nouveaux visages, un environnement différent, découvrir le monde, découvrir ce qui nous touche au plus près. Quelque part le véritable voyage c’est une aventure de la découverte qui ne consiste pas à chercher de nouveaux paysages mais à avoir de nouveaux regards. Il ne faut pas voyager avec des stéréotypes ou un regard figé. Il faut avoir un esprit ouvert, simple avec un détachement, une sensibilité et surtout être attentif à toute chose qui se présente. C'est une école exceptionnelle de la vie... C'est la rencontre du partage et du goût. On se rend compte que chaque coin de la terre a ses joies et a ses difficultés. C'est une magie sans fin…
Guy Sahri: Avec ses différences ?
Hassan Fekkak:
(Sourire) Oui et avec ses différences...
« Un outil pour entretenir le corps et l’esprit… »
Guy Sahri: Avec les nombreuses responsabilités qui vous incombent avez-vous encore le temps de vous entrainer ?
Hassan Fekkak:
(Sourire) Oui... Je prends le temps de m'entraîner. En fait ce n'est pas une question de temps. Les personnes disent « je n'ai pas le temps de faire ceci, de faire cela », ce n'est pas « là » la question. À mon avis la véritable question que l'on devrait se poser c'est une question de « priorité ». L'entraînement en quelque sorte est un outil pour entretenir le corps, l'esprit, les émotions et les réguler. Donc, régulièrement, même si je ne m'entraîne plus de la même façon que lorsque j'étais plus jeune, je pratique le Yoga, des séances de relaxation des séances de Stretching des séances de respiration et quand je le peux, je prends le temps de pratiquer mon Karaté. Au mois de juin, j’ai préparé mon 6ème Dan avec mon frère Abdou et c’était du pur bonheur !...

HASSAN FEKKAK
« On n'a pas toujours les bonnes réponses… »
Guy Sahri: Vous tenez une place importante dans la Société puisque vous développez des projets pédagogiques tant dans l’accompagnement de jeunes en difficulté sociale que dans le monde du Sport de Haut Niveau. Comment conciliez-vous les deux activités ?
Hassan Fekkak: Je ne concilie pas les deux activités, les deux sont complémentaires en quelque sorte… Dans ma vie j'ai eu trois parcours. J'ai eu un premier parcours qui a commencé par le Karaté avec quelques résultats en équipe de France. A une époque, j'ai participé dans l’Equipe Nationale du Maroc à des compétitions Internationales, également avec l’UNAAK, devenue plus tard la Fédération Européenne d’Arts Martiaux Traditionnel – FEAMT avec comme représentant Monsieur Patrick Tamburini. Puis, j’ai été Champion du Monde FSKA en 1994 à Bournemouth en Angleterre avec l’organisation de Senseï Kenneth Funakoshi, 9ème Dan, chef de file du Funakoshi Shotokan Karate Association – FSKA. C’est une organisation non-politique avec, à travers le Monde, des Dojos dont la philosophie est de promouvoir la bonne volonté tout en respectant les principes et les valeurs des pratiquants de Karaté. On peut donc dire que j'ai pratiqué le Sport de Haut Niveau. Cela m'a appris beaucoup de choses comme la rigueur, le travail, la confrontation avec soi-même, le rapport avec une certaine réussite et le rapport à l'échec. C'est très important et enrichissant...
Mon diplôme d’Ecole Supérieure de Commerce m’a permis d’occuper des fonctions de Commercial et de Manager d’équipe et grâce à mon statut d’athlète de Haut Niveau et mes résultats sportifs, j'ai été sollicité par les pouvoirs publics français pour intervenir dans les problèmes des banlieues. A l’époque quand je suis intervenu auprès des jeunes en leur disant : « Faites du Sport vous allez être mieux intégrés », je me suis immédiatement rendu compte que j'étais en train de mentir à ces jeunes-là ! Quelque part il ne suffit pas de taper dans un ballon ou de mettre un gant de boxe pour dire ça y est je suis un champion je vais m'en sortir ! Les jeunes ont surtout besoin d'un soutien d'un toit, d'une formation solide et surtout d'une grande considération. J'ai donc fait un virage à 190° et je me suis impliqué de façon officielle et professionnelle pour être Educateur et Directeur de Structures Sociales Educatives dans la prise en charge de ces jeunes en très grande difficulté de réinsertion dans notre Société. Il faut le souligner, la vie de ces jeunes délinquants est souvent caractérisée par des histoires personnelles très douloureuses, dans un contexte familial chaotique. L'absence de reconnaissance et de projet de vie positif isole un enfant dans un univers de méfiance à l'égard des autres. Sans repères sociaux ni valeurs morales, ces jeunes se confrontent aux dures réalités de la survie, ne se reconnaissant que dans leurs pairs, plus violents qu'eux. Les seules valeurs reconnaissables dans le rapport à l'autre sont les rapports de force et de soumission. La seule nécessité est la satisfaction du besoin immédiat, quelle qu'en soit la nature. En réponse à cela je me suis inspiré du Sport de Haut Niveau, de la pratique des Arts Martiaux et cela m'a permis d’aiguiser mon approche éducative et pédagogique auprès de ces jeunes. Bien évidemment il n'y avait pas que le Sport parce qu'être Educateur et être Directeur de Structures Sociales nécessitent d'autres qualités, d'autres connaissances sur soi-même et c’est aussi se rendre compte qu'on n'a pas toujours les bonnes réponses que l'on voudrait avoir…

HASSAN FEKKAK et la Déléguation Marocaine.