Interviews


1-Olivier Gruner
2-Christophe Carrio
3-Alex Biamonti
4-Catherine Belrhiti
5-Bertrand Amoussou
6-Jean Pierre Lavorato.
7-Abdel Qissi.
8-Christophe Tendil
9-J & S Buil.
10-Bernard Bilicki
11-Philippe Lacombe
12-Valera-Bilicki-Chouraqui
Valera-Bilicki-Chouraqui (traduction en anglais)
13-Dominique Valera.
14-Serge Chouraqui
15-Jean Pierre Fischer
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 1.
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 2.
16- Christian Tissier (Partie 1).
16- Christian Tissier (Partie 2).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais). Partie 2
17-Hassan FEKKAK (Partie 1).
17-Hassan FEKKAK (Partie 2).
18-Claude Goetz.



 17-Hassan FEKKAK (Partie 2).

Guy Sahri: Quelles sont les difficultés que vous avez rencontrées ?

Hassan Fekkak:

En fait, je pense que ça dépend... Dans le domaine du Sport j'ai rencontré beaucoup de difficultés à plusieurs niveaux. J'ai tout de suite compris que les problèmes étaient une occasion pour progresser et avoir du recul sur soi-même. Dans le milieu de l'éducatif, je dirais dans la prise en charge « éducative », j'ai rencontré des difficultés de stigmatisation de personnes dans l'administration avec une très grande passivité par rapport à des réponses qui n'était pas adaptées aux situations des jeunes en difficulté sociale… Donc il a fallu, par moment, se battre contre des montagnes administratives sur un terrain délicat et sensible et croire surtout avec une grande conviction pour justement dépasser les idées et mettre en place les projets ! Comme je le répète assez souvent « tout ce qui ne tue pas me renforce »

 

Guy Sahri: Cela vous a-t-il enrichi spirituellement ?

Hassan Fekkak:

L’aspect spirituel dans ce genre de cas prend une autre dimension. La spiritualité est une chose à laquelle on accède beaucoup plus doucement…

Sur le plan spirituel cela m'a permis d'apprivoiser mon ego et de me remettre totalement en question, de relativiser avec l'acceptation des différences sociales. Cela m'a vraiment appris le sens de la vie, de la liberté et de la fraternité…

 

« Le devoir du bien-être par le Sport… »

 

Guy Sahri: Pour vous l’initiation et la prévention sont-elles primordiales dans notre société ?

Hassan Fekkak:

« L'initiation à quoi et par rapport à quoi ? » La prévention oui… Je dirais qu'elle est indispensable. Il vaut mieux « prévenir que guérir ». Et c'est vrai que les gens, qui ont beaucoup de difficultés dans leur vie, consomment à tout-va des médicaments pour dormir pour se relaxer pour être mieux. Finalement s'il existait une prévention de la santé et du bien-être le monde fonctionnerait beaucoup mieux. Je pense que l'approche du Sport reste une approche éducative par rapport à la santé en ayant une prévention et une responsabilité du bien-être. Il faut informer les personnes dans une démarche ou l'autre monde fonctionne dans un but commercial et de consommation excessive. Pour cela nous avons le droit et le devoir d’enseigner le bien-être par le Sport et dans les Arts Martiaux, de responsabiliser les pratiquants sur leur manière d'être. C'est aussi cela la prévention à mon humble avis...

 

« Une distinction intellectuelle entre le rituel… »

 

Guy Sahri: Comment à travers le Sport réussissez-vous à réinsérer ces jeunes et à leur donner le goût du travail ?

Hassan Fekkak:

D’une certaines manières c'est très simple… Le Sport permet d'avoir des règles, un cadre et la plupart de ces jeunes qui commettent des actes de délinquance sont des jeunes qui n'ont pas connu ou qui n'adhèrent pas au cadre de la Société. Par le Sport, on pose le cadre en leur faisant prendre conscience qu'il existe des règles, une éthique et non un conditionnement préétabli. On leur explique qu’on peut appréhender les difficultés, les surmonter et commencer à mieux se responsabiliser par rapport à soi. Par l’échange et le respect je transpose ces éléments-là pour faire le parallèle entre notre quotidien et notre souffrance et je prends l'exemple merveilleux des Arts Martiaux où il y a beaucoup de rituels. Les rituels font partie intégrante de l’expérience humaine. Ils sont aujourd’hui dénoncés parce qu’ils sont rattachés exclusivement à l’expérience religieuse et à ses dérives, mais si on prend le rituel, il n’est en fait pas limité à la pratique spirituelle traditionnelle. On peut éventuellement faire une distinction intellectuelle entre le rituel sacré et le rituel profane, mais cette division ne reflète pas l’aspect essentiel de ce phénomène : l’être humain a besoin du rituel dans son existence, quelle que soit l’étiquette qu’il lui accole pour sauver les apparences… Malheureusement cela disparaît de plus en plus dans notre société depuis quelque temps. Le fait de ritualiser le travail avec ces jeunes cela les amène progressivement à créer un conditionnement à imposer un cadre dans une structure respectueuse de chacun et cela permet d'aborder des éléments qu'ils ne connaissaient pas auparavant et d'échanger avec rigueur et courtoisie pour atteindre un objectif. Cela peut paraître modeste mais je pense que si on donne de l'importance à ces jeunes, si on peut apporter à ces jeunes en difficultés un regard respectueux, un soutien, une amitié, on peut obtenir des résultats exceptionnels, vraiment exceptionnels !...

 

« Le défi était de constituer des dossiers fiables… »

 

Guy Sahri: Il y a 1 an à peu près vous veniez d’être nommé Directeur Technique National de la Fédération Royale Marocaine de Karaté et Disciplines Associées – FRMKDA. Quelles difficultées avez-vous rencontrées pour l’organisation des 6ème Championnat du Monde de Karaté Cadets, Juniors et Espoirs ?

Hassan Fekkak:

Franchement je n'appellerais pas cela des difficultés. Je dirais plutôt un projet ambitieux et de folie ! C'est un vrai bonheur ! Au quotidien ce n'est pas simple avec les complications que cela impose, mais c'est une joie sans précédent…

Je précise aussi que je ne suis pas seul à organiser ces Championnats du Monde, il y a toute une équipe, un Président Monsieur Mohamed Mouktabil qui s'investit considérablement dans cette organisation et a répondu aux questions du parterre de journalistes sur la préparation. La mise au vert des éléments de l'équipe Nationale Marocaine, les méthodes de sélection, la préparation psychologique des jeunes Karatékas, les montants et primes alloués pour que la préparation se passe dans des conditions optimales. Tout le volet technique a été passé au crible. Néanmoins le Maroc n'avait jamais organisé auparavant un championnat de cette ampleur. Il a fallu former des équipes en ayant une structure de communication tout à fait nouvelle vis-à-vis des Clubs, des Ligues. Le « défi » était aussi de nommer des responsables à tous les niveaux, former des athlètes et mettre en place un « staff » technique et d'organisation. Il y a plus de 70.000 pratiquants de Karaté dans le Royaume. Ce qui met notre discipline au rang des premiers Sports pratiqués au Maroc. Ce Championnat du Monde, c'est une opportunité pour montrer au monde entier le développement économique et urbain du Maroc ainsi que sa capacité à accueillir des événements de dimension internationale. C'est un projet très ambitieux et plaisant à réaliser…

 

Guy Sahri: Cette difficulté vous a-t-elle permis de mieux discerner les réels problèmes que l’on rencontre lors de la préparation de ce genre d’événements ?

Hassan Fekkak:

Oui parce que cela nous a permis de mieux nous rapprocher les uns des autres de mieux comprendre les difficultés et les besoins de chacun tout en ayant une approche plus réaliste de nos problèmes. Cela nous a permis de mieux structurer en permettant à la Fédération d'obtenir des subventions du Ministère Marocain de la Jeunesse et des Sports, de la Wilaya de Rabat et de l’Office du Tourisme. Le Karaté au Maroc n'est pas autant médiatisé que le Football, le Tennis. Notre souhait est de voir les Karatékas présents aux Jeux Olympiques un jour. Nous souhaitons aussi donner une dimension éducative à cet événement pour les jeunes adolescents. Dans le Karaté il n'y a pas suffisamment de sponsors, il y a donc eu de la part de notre Président un travail de fond très important avec une communication très pointue et réaliste sur le marketing en insistant auprès des Entreprises sur l'aspect pédagogique en leur faisant connaître, en leur expliquant l'origine et le fonctionnement du Karaté. Le défi était de constituer des dossiers fiables en leur démontrant à grande échelle ce que le Karaté pouvait apporter en termes d'image et d'impact par rapport aux médias. Grâce à Dieu cela a marché ! Ce que je retiens c'est qu’il s’agit d’un projet ambitieux qui procure beaucoup de bonheur puisqu'en fait c'est un projet qui est basé sur l'échange des cultures et des peuples à travers la pratique. Cela nous procure beaucoup de joie et de plaisir...

 

« Si j'accepte d'être dans le système… »

 

Guy Sahri: En 2007, au Québec, une jeune fille a été expulsée d'un tournoi de Football pour avoir refusé de retirer son voile islamique, cela a crée une importante polémique dans le monde Sportif. Aux Jeux Olympiques de Beijing une jeune Iranienne, Championne de Taekwondo, portait le voile et s’était vu accordé, en prime, le casque de protection. A cet effet la Charte Olympique prévoit très clairement dans son Article 51, « aucune sorte de propagande politique, religieuse ou raciale n'est autorisée sur un lieu Olympique ». Pensez-vous que lors de manifestations mondiales, la question du port du voile « hijab » dans le Karaté doit rester dans le cadre de la liberté individuelle, aussi longtemps qu'il ne nuit pas à la sécurité, à l'ordre général ou aux valeurs régnant dans la Société ?

Hassan Fekkak:

Pour ma part, je pense que c'est un faux débat. On peut prendre un exemple par rapport à la France où au Maroc où je retourne vivre et où nous avons de plus en plus une liberté de comportement, chacun fait ce qu'il veut dans la mesure où il respecte les autres. La femme qui désire mettre le voile, le « hijab » ou bien la femme qui ne désire pas mettre le voile, personne ne le lui reprochera. Nous devons respecter la liberté de chacun. Par contre par rapport à cette question, est-ce que l'image et la liberté des droits de la femme sont remises en doute ? Je pense qu'à partir du moment où il s’agit d’un choix personnel et non imposé, la personne est libre de faire ce qu'elle veut. Si cela lui est imposé cela devient dangereux... Le plus important c'est la liberté  de choisir. Dans le domaine Sportif, aux jeunes femmes de l'équipe Nationale Marocaine de Karaté je dis qu'il ne faut pas combattre avec le voile, pourquoi ? Tout simplement parce que le règlement de la World Karate Federation – WKF est très clair. Il nous impose avec discernement de combattre sans le voile, « hijab », et de combattre avec égalité et parité dans les compétitions. Bien évidemment ce n'est pas moi qui ai établi ce Règlement mondial. Je n'ai pas le pouvoir ni la capacité de le changer donc en tout état de cause je suis obligé de le respecter en essayant de l'appliquer de la meilleure manière. Si j'accepte d'être dans le système il faut que j'en accepte le Règlement. Le Règlement est fait pour tous. À titre personnel j'ai remarqué que dans certaines compétitions des athlètes qui portaient le « hijab » ne combattaient pas du tout de la même manière que lorsqu’elles ne le portaient pas…

 

Guy Sahri: Pourquoi ?

Hassan Fekkak:

Je ne sais pas... Je n'ai toujours pas découvert pourquoi mais j’ai remarqué que lorsqu’elles combattent avec le « hijab » elles sont moins combatives, moins sûres d'elles, plus réservées que lorsqu'elles ne le portent pas, c'est incroyable ! C'est un regard personnel. Attention je ne juge absolument personne ! Maintenant s’il y a des problèmes de sécurité par rapport au voile et par rapport à la propagande, je vais me répéter, mais pour moi c'est un faux débat !... Quand on veut faire du Sport il y a des tenues Sportives, il y a des règles, nous avons le droit et le devoir de les respecter sinon ce serait l’anarchie…

 

Guy Sahri: Le port du voile « hijab » n’est-il pas dangereux lors d’accidents lors de traumatismes au visage même avec la nouvelle Réglementation 2009 en vigueur ?

Hassan Fekkak:

Oui il peut l'être parce qu’il arrive que certaines athlètes portent parfois des épingles à cheveux mal placées et lors d'une technique un peu trop haute et un peu trop marquée sur la tête cela peut provoquer un saignement. Même au niveau de la vigilance nous sommes dans un Sport de « Contact » et parfois le port du voile, le « hijab » peut être dangereux pour l'athlète qui peut avoir à le réajuster et qui risque parfois même, dans un mouvement de projection ou de défense de s'étouffer avec. Créer une lutte ainsi n'a aucun sens. Dans certaines compétitions j'ai déjà vu des athlètes perdre leur voile, le « hijab » et combattre en aveugle pendant quelques  secondes. C'est dangereux. Mais bon, il n'y a pas d'études scientifiques qui démontrent le contraire…

 

« On y va naturellement… »

 

Guy Sahri: Le Sport prône la parité et l’égalité des droits des femmes, ne craignez-vous pas une certaine tension voire une certaine incompréhension des nations participantes ?

Hassan Fekkak:

Par rapport à quoi ? Je vois que j'ai une équipe Nationale Marocaine qui est fantastique où il y a 50 % de jeunes filles et 50 % de garçons qui sont considérés sur le même plan d'égalité. Ils disposent de la même structure, ils ont le même rythme d'entraînement, évidemment spécifique à chacun, il n'y a pas de différence. Je trouve cela formidable. On est plus dans le domaine de la parité, on y va naturellement…

Personnellement sur le plan humain nous sommes tous égaux, nous sommes tous des êtres humains que nous soyons homme ou femme nous sommes différents avec un enrichissement complémentaire. À nous d'être intelligents et de savoir vivre avec cette complémentarité dans le domaine du Sport voire même dans tous les autres domaines…

 

Guy Sahri: Cela peut-il amener un problème d'incompréhension vis-à-vis des autres Fédérations ?

Hassan Fekkak:

Je le répète le port du voile, le « hijab » est totalement interdit donc j'espère qu'il n'y aura pas de tensions et que cela n'apportera pas de problèmes. Par ailleurs si les instances politiques l'autorisent nous prendrons les dispositions nécessaires pour traiter le problème en respectant les différents au cas par cas…

 

« Le Karaté reste un outil d'éducation… »

 

Guy Sahri: Si ces championnats sont une réussite pensez-vous que cela augmentera de manière significative le nombre des pratiquants ?

Hassan Fekkak:

Ah j’en suis totalement convaincu ! J'espère que ces Championnats du Monde seront une réussite totale, tant sur le plan Sportif que sur le plan humain parce que réunir 90 voire 100 nations pendant une semaine avec plus de 3500 athlètes et accompagnateurs du monde entier avec leurs équipes au complet, c'est une magnifique fête du Sport qui réunit les personnes autour des valeurs du Karaté. Je précise que cette 6ème édition concerne les catégories : Cadets (14-15 ans), Juniors (16-17 ans) et Espoir (18-21 ans) garçons et filles. C'est une occasion aussi de créer des contacts des échanges avec le monde entier et pour moi c'est une grande réussite et c’est quelque chose de sain. Il y aura certainement un impact après ces 6ème Championnats du Monde puisqu’ils sont très médiatisés. Les Championnats du Monde de Karaté auront des retombées économiques sur la ville de Rabat. Selon une étude réalisée par la World Karate Federation – WKF ces championnats, en ne comptant que la presse, entraînent 185 millions de mentions de la ville siège, dont 30 millions en titres. Pendant 7 jours cela attirera plus de 3500 touristes avec un fort potentiel d'achats. Les participants dépensent en moyenne 1600 dollars par semaine. Ce qui représente environ 5 millions de dépenses, dont 3 millions s'opèrent dans la ville siège. Nous venons de signer une convention avec les médias, c'est-à-dire avec la télévision Nationale Marocaine 2M qui va couvrir l'événement pendant quatre jours et diffuser à raison de deux heures de direct par jour, soit 8 heures de direct. 2M s’est engagée également à faire la promotion des Championnats du Monde par la diffusion de spots télé et radio ainsi que sur tous les supports de 2M. Nous espérons que le nombre de pratiquants augmentera numériquement non pas pour faire du « chiffre » mais parce que le Karaté reste un outil d'éducation et reste aussi un élément de prévention pour la santé quand il est pratiqué intelligemment...

 

« C’est une complémentarité… »

 

Guy Sahri: En août nous venons à nouveau de perdre la candidature pour les Jeux Olympiques de 2016, l'émergence de certaines Fédérations de Karaté mondial ne risque-t-elle pas de provoquer un nouveau refus du Comité Olympique ?

Hassan Fekkak:

Certainement que cela compliquera beaucoup plus les choses !... N'oublions pas que l'histoire de l'Olympisme est quelque chose de très complexe. Tout ce que je souhaite c’est que tous les Karatékas du monde entier puissent un jour participer à cette grande fête de l'Olympisme !

 

Guy Sahri: Selon vous pourquoi y a-t-il une telle division entre le Karaté « Traditionnel » et le Karaté « Sportif » ?

Hassan Fekkak:

Franchement pour ma part je ne comprends pas cette division entre le Karaté « Traditionnel » et le Karaté « Sportif »... C'est quoi le Karaté Sportif ? C'est quoi le Karaté Traditionnel ? Pour moi la compétition est un exercice du Karaté. Le pratiquant fera, s’il le souhaite,  la compétition durant une période déterminée. Sa vie sera complétée par le côté « Traditionnel » qui implique le Kihon, Le kata, le Bunkaï etc., c'est une complémentarité. Le Karaté « Sportif » est un exercice du Karaté-dō !…

 

Guy Sahri: Pourtant il y a de plus en plus de Clubs qui se disent « Traditionnels » et d'autres qui se disent « Sportifs ». Pensez-vous que cela peut amener des conflits ?

Hassan Fekkak:

Non je ne pense pas, enfin je ne le souhaite pas… Peut-être que les personnes adorent les conflits d'intérêts voire même politiques. Chacun est libre de faire ce qu'il veut tout en respectant l'autre. Si nous avons un Club qui souhaite développer beaucoup plus l'aspect « Traditionnel » et qui ne souhaite pas participer aux compétitions c'est son droit et nous devons le respecter. D'un autre côté nous avons des Clubs Sportifs qui désirent participer à des compétitions c'est un choix du moment, que les gens s'épanouissent dans leur pratique, c'est ça le plus important. On ne peut pas dire que celui-ci ou celui-là à raison par rapport à l'autre. On peut prendre un exemple avec Dominique Valéra qui a  pratiqué pendant de nombreuses années la compétition dans le Karaté, dans le Full Contact par ce qu’il aimait cela. Cela n'engageait que lui et personne d'autre ! Aujourd’hui, à 62 ans il pratique toujours et royalement bien… le Karaté et le Karaté Contact !



« Le revers de la médaille… »

 

Guy Sahri: Vous avez vécu des années de compétitions et obtenues d’excellents résultats, que cela a-t-il apporté de plus à votre démarche actuelle ?

Hassan Fekkak:

C’était un chemin et une expérience très intéressante qui m'a apporté la médaille et m’a fait connaître son revers… Comment gérer en fait le revers de la médaille ? C'est une question difficile parce qu'elle soulève le problème de la félicité d'un moment, la joie de gagner, de savoir gérer une défaite, un échec et le regard des autres. Cela m'a permis de faire des rencontres, d’acquérir des connaissances que probablement sans le Karaté je n'aurais pas acquises. Cela m'a apporté de très grands moments d'émotion et cela m'a permis de prendre du recul par rapport à moi-même, aux choses et aux êtres que j'aime. Cela m'a permis de réaliser que la médaille n'est pas un objectif en soi mais seulement une étape d’un parcours. Certes la compétition est un excellent exercice pour se remettre en cause mais il ne faut pas que cela devienne un vice inhérent à la pratique et confondre ce que l'on fait avec ce que l'on est. Je fais de la compétition parce que cela me plaît. Je gagne des compétitions et je perds des compétitions. Un jour je gagne un jour je perds, mais je ne perds pas ma valeur, ce que je suis, je perds un jeu... Ça c'est le côté Sportif ce n'est pas là « la » personne en entier que nous voyons. C'est une parenthèse de la vie d'une personne. Le danger réside quand on crée cette confusion entre ce que l’on est et ce que l’on fait et là on a du mal à s'en sortir et à voir le bout du chemin...

 

« Je refuse d'être endoctriné... »

 

Guy Sahri: En tant que pratiquant et professeur, qu'elles ont été vos déceptions, vos erreurs ?

Hassan Fekkak:

En tant que professeur je n'ai pas eu de déceptions mais beaucoup de bonheur, bonheur de transmettre, de partager  avec les personnes qui m'ont fait confiance et avec lesquelles j'ai effectué un excellent parcours tant sur le plan Sportif que sur le plan humain. En tant que pratiquant, à une époque je me suis  trop dispersé, c'est-à-dire que je faisais des compétitions en Kata et en Kumite au sein de plusieurs Fédérations Internationales. Je refusais d'être endoctriné... J'ai fait le choix de ne pas avoir une carrière linéaire en quelque sorte et de participer avec  diverses Fédérations pour justement voir les différences. Peut-être était-ce une erreur de ma part. J'aurais peut-être dû, à un moment donné, moins me disperser me fixer plutôt sur un objectif et ainsi  aller plus loin. Pour résumer je dirais que je n'ai eu que des moments de bonheur…

 

« Cela nous rapprochait énormément… »

 

Guy Sahri: À propos, comment êtes-vous venu au Karaté ?

Hassan Fekkak:

A 10 ans je regardais beaucoup de films d'Arts Martiaux avec mon frère Abdou, plus âgé que moi. Nous habitions dans une petite ville du Maroc où il n’existait aucun Club de Karaté. Un jour en rentrant du cinéma nous avons essayé de refaire les mêmes chorégraphies. Cela a duré un certain temps. A l’âge de 11 ans, alors que je commençais à pratiquer le Football avec mes amis, j’ai vu mon frère partir dans une autre ville, à Casablanca, pour étudier et pratiquer le Karaté dans un grand Club. Toutes les fins de semaine j'attendais son retour afin de pouvoir m’entraîner avec lui. C'était fantastique ! Je me rappelle que mon frère avait fabriqué lui-même son premier Kimono dans des sacs de  farine… Je dirais qu'il m'a inculqué ce vice qui est le Karaté. Trois ans voire quatre ans plus tard un Club de Karaté s'est ouvert dans la ville et c'est ainsi que j'ai pu commencer à pratiquer cette discipline. Pourquoi j'ai accroché ? Je me rappelle qu’à l'école primaire ce n'était pas facile tous les jours. Après les entraînements, je me sentais beaucoup mieux à l'école, plus épanoui et plus calme. Cela me permettait de partager avec mon frère un espace où nous pouvions régler nos conflits en kimono d'une manière déguisée bien sûr. Cela nous rapprochait énormément… (Sourire)

Par la suite quand je suis arrivé en France, à Paris, j’ai eu beaucoup de mal à m'adapter à ce nouveau pays, me créer de nouveaux repères. Aller m’inscrire dans un Club de Karaté, m’a permis de passer le cap. C'était en fait le Club de Dominique Valéra, le fameux « Valéra Institue Sportif », dans la rue Broca dans le 13ème arrondissement de Paris. Il existe une anecdote particulière ! Je suis arrivé, une main devant une main derrière, en demandant à Monsieur Dominique Valéra s’il acceptait de m'entraîner bien que je ne puisse le payer tout de suite. Il  vit chez moi une telle volonté, une telle détermination et un tel désir de pratiquer cette discipline qu’il finît par accepter… C'est ce qui m'a permis de connaître le Haut Niveau, à tel point que je m'entraînais le matin et le soir comme un fou ! Et c'est ainsi que j'ai débuté…

 

« Une relation de frères … »

 

Guy Sahri: Quelles sont les rencontres importantes qui ont marqué votre vie ?

Hassan Fekkak:

Il y en eut plusieurs… La première à mon arrivé en France à Paris, avec Dominique Valéra quand j'avais 18 ans. C'était un « Monsieur » que je voyais dans les magazines et les revues Sportives. Quand je suis arrivé à son Club la première fois je ne l'ai pas reconnu parce que je ne savais pas qui était le responsable du Club. Par la suite quand j'ai plus discuté avec lui il m'a vraiment impressionné par son charisme et sa simplicité d'être. La seconde rencontre, c’était avec Zenaf Youssef dans la Boxe Américaine, puis la rencontre avec Serge Chouraqui qui m'a énormément apporté et, quand j'étais en Equipe de France, la rencontre avec l'actuel Président de la Fédération Française de Karaté et Discipline Associée – FFKDA, Francis Didier ainsi que celle avec Thierry Masci l'actuel Directeur des Equipes de France. J'ai aussi rencontré 2 personnes importantes pour qui j'ai beaucoup d'affection. La première, Fumio Demura avec qui j'ai participé à un tournoi à Los Angeles aux États-Unis et que j'ai revu ensuite à Paris à l’occasion de plusieurs stages. La seconde personne est Kancho Hirokazu Kanazawa, figure emblématique du Karaté mondial. Il y a aussi la rencontre avec Patrick Tamburini, récemment décédé et dont les exploits étaient reconnus par ses pairs puisqu'il avait gravi dans une expédition officielle l'Everest le plus haut sommet du monde. En fait son ambition était d'expérimenter les techniques respiratoires du Karaté, tester leur endurance et prouver que la technique des Arts Martiaux mène à tout. Bien sûr il n'est pas allé jusqu'à la pointe du sommet c'est-à-dire à plus de 8850 mètres mais il atteignit l'épaule du Pumori à plus de 6000 mètres. La rencontre avec Michael Milon qui fut  une rencontre très affectueuse et amicale. Je l'ai connu quand il avait 13 ans lors d'un stage avec Jean-Pierre Fischer. Puis nous avons sympathisé de plus en plus en ayant une relation de frères... Michael Milon m'appelait « l'ours brun » et moi je l'appelais « l'ours blanc ». Je me rappelle que nous nous entraînions et faisions beaucoup d'exhibitions de Karaté et je peux lui dédier un livre autobiographique sur la médaille et le revers de la médaille…

 

« Le chemin n'est pas encore terminé… »

 

Guy Sahri: À vos débuts, pensiez-vous atteindre ce niveau ?

Hassan Fekkak:

Non, franchement non parce que dans ma petit vile au Maroc quand j'ai commencé à l'âge de 11 ans je ne pensais pas du tout à la compétition et je pensais encore moins avoir la possibilité de rencontrer autant de personnes importantes dans le monde des Arts Martiaux ainsi que dans la vie. Je m'entraînais sans m’être fixé aucun objectif à long terme. Avec du recul maintenant je me dis que plus je m'entraîne plus je progresse et plus je me dois de m'améliorer. La pratique du Karaté m'a énormément apporté mais le chemin n'est pas encore terminé et loin de l'être…

 

Guy Sahri: Comment vous sentez-vous à l'heure actuelle ?

Hassan Fekkak:

(Sourire) Je me sens bien. Ma philosophie de la vie est très simple. Nous ne sommes que de passage, je vis au jour le jour, je vis l'instant présent comme si c'était le dernier moment de mon existence et je me projette comme si j'étais éternel… Je prends les problèmes de la vie comme ils viennent et plus je vieillis, plus je suis heureux en me disant que le bonheur c'est un voyage qu'il faut goûter à chaque moment...

 

« Mozart… »

 

Guy Sahri: Pour finir je vous invite à répondre à ces 10 questions au fameux questionnaire de l'Actors' Studio et de l’émission française de Bernard Pivot... Vous répondez si vous le souhaitez :

 

Votre mot préféré ?

Courage.

 

Le mot que vous détestez ?

Lâcheté…

 

Votre drogue favorite ?

Le Sport.

 

Le son, le bruit que vous aimez ?

Mozart…

 

Le son, le bruit que vous détestez ?

Le bruit du métro… (Rires)

 

Votre juron, gros mot ou blasphème favori ?

Con !

 

Homme ou femme pour illustrer un nouveau billet de banque ?

Mère Teresa… Martin Lutter King…

 

Le métier que vous n’aimeriez pas aimé faire ?

(Silences de quelques minutes)… Un métier où je serais inactif !

 

La plante, l’arbre ou l’animal dans lequel vous aimeriez être réincarné ?

L'animal je dirais, un lion et l'arbre, un roseau ou un chêne.

 

Si Dieu existe, qu’aimeriez-vous, après votre mort, l’entendre vous dire ?

Tu as accompli ta mission sur terre…



Dominique Valera  |  Approche du Karaté-Contact  |  Principales techniques  |  Le Karaté-Contact pour Auto-Défense
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