Interviews


1-Olivier Gruner
2-Christophe Carrio
3-Alex Biamonti
4-Catherine Belrhiti
5-Bertrand Amoussou
6-Jean Pierre Lavorato.
7-Abdel Qissi.
8-Christophe Tendil
9-J & S Buil.
10-Bernard Bilicki
11-Philippe Lacombe
12-Valera-Bilicki-Chouraqui
Valera-Bilicki-Chouraqui (traduction en anglais)
13-Dominique Valera.
14-Serge Chouraqui
15-Jean Pierre Fischer
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 1.
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 2.
16- Christian Tissier (Partie 1).
16- Christian Tissier (Partie 2).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais). Partie 2
17-Hassan FEKKAK (Partie 1).
17-Hassan FEKKAK (Partie 2).
18-Claude Goetz.



 4-Catherine Belrhiti

 


Ce mois-ci nous retrouvons Catherine Belrhiti pour une interview « première » puisqu’elle est la première dame de la planète Karaté à se prononcer sur notre site. Rassurez vous d’autres sont à venir. Nous comptons par ailleurs reprendre contact avec Catherine puisqu’elle nous a promis un dossier « Auto défense » décoiffant ou les femmes seront à l’honneur puisqu’il s’adressera directement aux pratiquantes.

Pour combattre les sexistes rébarbatifs, le Karaté français possède une militante féministe confirmée qui défend sa passion avec ferveur. Il faudra ajouter qu’elle possède un caractère bien « trempé » doublé d’une « farouche » détermination. Ce seront les termes que nous retiendrons pour définir la très charismatique Catherine Belrhiti.

 Elle est aujourd’hui l’ambassadrice du Body-Karaté en France, elle nous le présente dans la rubrique dossier ce mois-ci, nous vous invitons par ailleurs à le consulter. Ancienne sportive de haut niveau Catherine Belrhiti 6°dan Expert Fédéral fût une grande compétitrice puisqu’elle est à la tête d’un prestigieux palmarès. Elle ne possède pas moins de trente années de pratique et fût membre de l’équipe de France durant dix ans en enchaînant les titres nationaux, internationaux et mondiaux.

Son Palmarès : 4 fois championne de France, 4 fois championne d’Europe, vainqueur de la coupe du monde en 1989 et des jeux mondiaux la même année et deux fois championne du monde.

Avant que vous ne lisiez cette interview, je tiens personnellement à remercier Catherine pour sa gentillesse, son suivi et les documents mis à disposition pour la réalisation de cette interview et de notre dossier du mois.

 

1) DS : Catherine, vous avez été une grande compétitrice puisque à ce jour vous détenez deux titres de championne du Monde, quelles sont vos impressions à froid maintenant que vous avez quitté le feu des compétitions ?

   

CB : La compétition de haut niveau, les podiums au niveau national, international et mondial ont été pour moi des expériences formidables qui m’ont été données de vivre et dans lesquelles je me suis employée de tout mon être. La compétition a été une période pendant laquelle, en me mesurant à d’autres, j’ai pu évalué la valeur de mon apprentissage. Elle a répondu à un besoin inhérent à ma personne de vivre au-delà des limites que chacun s’impose. Les efforts extrêmes et incontournables pour progresser mentalement m’ont permis de dépasser les limites fictives qu’inconsciemment j’érigeais en barrière. Les détruire dans la sueur et les larmes, m’ont permis de me découvrir et ce, bien au-delà de tous mes espoirs. Ce fût pour moi un véritable épanouissement personnel. Aujourd’hui je poursuis ma route toujours en quête du meilleur.

C’est la démarche profonde et authentique à laquelle le Karaté nous invite tous encore et toujours.

 

 


2) DS : Pensez-vous avec le temps, devenir une puriste confirmée en matière de Karaté traditionnel ou restez-vous toujours une combattante dans l’âme ?

 

CB : Au-delà de la compétition, la pratique de l’art martial dans sa forme traditionnel est une véritable passion. Je m’inscris dans une démarche de recherche permanente de la perfection et de l’authenticité. Perfectible, j’aspire en permanence dans mon travail à la découverte du geste parfait dans l’équilibre et l’harmonie. C’est pourquoi je me rangerais volontiers du côté des puristes.

Cependant, en tant qu’enseignante et soucieuse d’être à l’écoute des attentes et des aspirations d’un public hétérogène, je me dois de pouvoir proposer un panel varié d’activités autour du Karaté. Il me semble très important de présenter ma discipline sous différentes facettes pour permettre au plus grand nombre de la découvrir et d’y accéder. C’est en démontrant notre capacité à nous adapter à notre environnement et à notre époque que nous faisons preuve d’intelligence. Nous nous devons d’évoluer entre modernisme et tradition sans sacrifier l’un à l’autre. Les maîtres japonais eux-mêmes nous conseillent d’évoluer dans la pratique.

Je ne suis pas pour le mimétisme dans l’immobilisme mais pour la créativité dans le respect de la tradition.

 

 

3) DS : Catherine vous êtes maintenant l’ambassadrice du Body-Karaté en France, que pensez-vous de ce nouveau challenge ? Qu’attendez-vous comme réaction de la part des pratiquants et que pouvez-vous leur apporter de supplémentaire par ce biais ?    

 

CB : Il y a aujourd’hui une multitude d’écoles, de styles en Karaté et cette évolution est on ne peut plus normale. A un moment ou à un autre, l’élève doit se réaliser à partir de l’enseignement qu’il a reçu à sa propre création. Il ne s’agit en aucun cas de prétention de sa part mais d’un réel accomplissement personnel. Le disciple quitte le maître et prend alors son propre chemin. Le Body-Karaté est l’exemple même de la démarche évolutive dans laquelle je me suis inscrite. Il n’y a pas de rupture entre le Karaté et le Body-Karaté sinon dans une logique intellectuelle. Cette nouvelle discipline est née de la rencontre de la musique et de l’art martial.

Sa vocation est de maintenir le pratiquant en bonne forme en lui inculquant la pratique d’auto défense en Karaté. C’est un « éveil » véritable ou « Bodhi » en sanskrit. C’est une nouvelle approche du Karaté grâce au support musical. Les mouvements se délient et deviennent plus fluide. L’esprit se libère de toute contrainte et s’immerge dans l’instant présent. Le pratiquant se détache du questionnement, de ses angoisses, de ses inquiétudes et le tout s’apaise. Il renoue ainsi avec sa vraie nature et cela lui permet de s’investir pleinement. Plus attrayante la discipline nécessite cependant une disponibilité mentale et physique totale pendant la séance. Tous les sens sont mis à contribution. Véritable gymnastique mentale, cette discipline développe également de grandes qualités physiques et physiologiques.

 

 


4) DS : Les femmes ont longtemps souffert de préjugés de toutes sortes concernant la pratique du Karaté et de plus certains cartésiens se sont refusés de leur créditer une quelconque efficacité, aujourd’hui que leur répondez-vous ?  

 

CB : Le cliché de la femme fragile n’a plus sa place dans notre société actuelle. La femme des années 2000 est dynamique, sportive, libérée et indépendante. Bien qu’il soit difficile pour elle de choisir entre conformité aux canons de la création imposée par Paris et pratique d’un sport de combat, le nombre des pratiquantes a été multiplié par cinq. Le Karaté féminin n’est plus en jachère, les femmes ont investi peu à peu ce bastion masculin. L’essor du Karaté de compétition chez les femmes a conduit celles-ci en moins de vingt ans à conquérir leur place parmi les hommes au sein de la fédération. Ayant investi tardivement le monde du Karaté, les femmes Karatékas n’ont pas encore développé tous leurs talents et pourraient un jour dans le futur étonner même ceux qui un jour les ont si longtemps considérées comme de « faibles femmes ».

 

 


5) DS : Vous avez été récemment décorée de la légion d’honneur, c’est un titre « illustre et glorifiant » ! Lorsqu’elle vous a été conviée qu’elle a été votre réaction ? Des regrets éventuels à formuler pour l’ensemble de votre carrière ?

 

CB : Cette distinction qui m’a été remise par le premier ministre à Matignon m’honore tout particulièrement mais je ne l’ai pas pris en compte par rapport à ma personne. En effet, ce qui est important c’est ce qu’elle représente pour le Karaté et pour la place des femmes dans le sport et la société. Lorsqu’à deux reprises j’ai remporté la victoire au championnat du Monde, c’était dans un premier temps une victoire pour la France et ensuite pour Catherine Belrhiti. C’est ainsi dans tous les domaines que chaque français a le devoir d’œuvrer pour le rayonnement de notre pays.

Je suis très heureuse de l’évolution actuelle du sport féminin qui s’impose pratiquement à l’égal des hommes. En ce qui me concerne, je n’ai qu’un regret, c’est celui de n’avoir pu participer aux jeux Olympiques.

 

 


Questions Dominique VALERA :  

 

6) DV : Comme tu le sais Catherine le « shadow » fait partie intégrante de l’entraînement d’un boxeur pour développer au maximum ses capacités cardio-vasculaires, il serait intéressant de voir le Body-Karaté faire partie des gammes d’entraînements du Karatéka, qu’en penses-tu ?

 

CB : Le Body-Karaté est un véritable outil pour les professeurs de Karaté qui vient compléter leur enseignement. L’utilisation du support musical va orienter l’activité vers une dominante cardio-vasculaire. En développant les grandes fonctions vitales de l’organisme et en renforçant musculairement le corps, le Body-Karaté permet d’améliorer la condition physique du pratiquant et par la même occasion sa santé.

L’intensité de l’effort fourni pendant les entraînements est mesurée par la fréquence cardiaque maximale : La F.C.M.

A partir de cette F.C.M (indicatrice d’intensité de notre travail) l’entraîneur établit des zones d’entraînements correspondant à des pourcentages de celle-ci. Le Body-Karaté se situe dans des zones allant de 60% à 90% de la F.C.M. C'est-à-dire de la zone d’utilisation des graisses à la zone aérobic voir au seuil de l’anaérobie à 90%. Les exercices s’enchaînent de façon continue, on va ainsi développer l’endurance cardio-vasculaire, le cœur progresse. Les capacités respiratoires augmentent. Le travail musculaire permet à la fois son renforcement mais aussi de le rendre plus tonique tout en lui gardant sa souplesse. La rapidité d’exécution du geste permet de gagner de la vitesse. La différence d’intensité des enchaînements permet de fractionner l’effort. L’éducateur peut prévoir des pics d’activation cardio-vasculaire en fonction de son public puis une récupération active avec des enchaînements moins intenses.

Sur le plan technique, les élèves prennent l’habitude d’enchaîner de nombreux mouvements ce qui va leur permettre d’acquérir très rapidement un bagage technique varié. Ils apprennent à percevoir leurs corps dans l’espace, ils développent leur psychomotricité, la coordination et la dissociation segmentaire.

 

 

7) DV : Est-ce que tu penses que le fait de ne pas entrer dans le système classique du Karaté pourrait mettre des barrières au développement et à l’évolution de ta discipline ?

 

CB : Entre Karaté et Body-Karaté il n’y a qu’un pas à franchir, celui de la raison.

Nous savons tous que le public des clubs est composé à 65% d’enfants. Ces chiffres ne nous interpellent-ils pas quant à l’intérêt du public adulte pour la pratique du Karaté traditionnel ? Où tout du moins par l’enseignement de cette pratique limitée à des concours ancestraux qui ne sont plus du tout adaptés à la société occidentale actuelle. Nous nous devons d’évoluer dans notre enseignement du Karaté si nous ne voulons pas, à terme, devenir une fédération de Karaté composée essentiellement d’enfants. Ouvrons les yeux et offrons des méthodes qui conviennent au public adulte.

 

8) DV : J’ai pu me rendre compte qu’après un entraînement de Body-Karaté, les élèves transpiraient plus que dans un cours de Karaté traditionnel, penses-tu que cela pourrait déranger certains « samouraïs » ?

 

CB : Il est vrai que pendant les cours de Body-Karaté les techniques sont travaillées de façon dynamique et les déplacements de jambes sont incessants. Nous sommes dans un travail à dominante cardio-vasculaires. Les élèves travaillent pendant une heure sans interruption jusqu’aux étirements qui clôturent la séance. La pratique permet en effet de beaucoup transpirer, cependant chacun reste libre d’en élever l’intensité  en portant ses coups plus ou moins fort. Pour ce qui est de la transpiration, on le peut tout autant dans un cours de Karaté bien mené. Tout est en  fonction de l’intention mise dans le geste par les pratiquants.

Pour moi ce n’est pas l’aspect dynamique et le travail physique qui dérangent certains samouraïs. Les réticences sont à chercher plutôt du côté de l’instruction de la musique dans le dojo et le cours de Karaté.

Plutôt bien ressentie auprès de la gente enseignante féminine, la musique fait véritablement obstacle dans l’esprit des hommes qui l’associe inévitablement à des activités de danse ou de gym tonic. C’est oublier que les créateurs du Karaté eux mêmes, rythmaient les entraînements et les katas par les chants des pratiquants. La musique et le chant font partie intégrante des civilisations asiatiques.  

 

 


9) DV : Aux USA Billy Blanks a crée sa propre fédération de Tae Bo (c’est un mélange de Body-pump et de Kick boxing sur fond musical). Cette discipline s’est très étendue de l’autre côté de l’hexagone puisque ses supports vidéo (DVD) se sont vendus à prés de 14 Millions d’exemplaires de part le monde, penses-tu qu’en France le Karaté et le Body-Karaté pourrait devenir  la nouvelle discipline en vogue ?

 

CB : Le Body-Karaté, depuis son lancement à travers l’hexagone il y a six ans, a connu un essor considérable. Un an après une première enquête, nous pouvions constater que 200 clubs venaient d’intégrer la pratique.

Aux vues du succès rencontré par cette activité et la demande pressante de nombreux enseignants, j’ai élaboré un outil pédagogique permettant d’aborder la pratique. Un package disponible auprès du « samouraï » composé d’un DVD, d’une fiche pédagogique et d’un cd musical, présente un premier niveau de Body Karaté. Je crois sincèrement que cette pratique est dans l’air du temps et qu’elle va faire de nombreux adeptes, à conditions bien sûr que les enseignants soient performants. Je veux dire par là qu’un minimum de formation est nécessaire pour l’enseignement du Body-Karaté qui ne peut s’improviser. Il ne s’agit pas simplement de mettre de la musique et de s’agiter pendant une heure en utilisant des techniques de Karaté. Le public n’est pas dupe, il se lasse très vite et déserte les cours. J’ai vu malheureusement de nombreux clubs se lancer dans l’aventure à l’aveuglette, péricliter au bout de deux ans faute de clients qu’ils n’ont pas su fidéliser.

Un cours de Body-Karaté demande une longue préparation en amont. Il faut avant tout préparer une compilation musicale d’une heure avec des morceaux choisis en fonction de l’intensité du travail durant la séance et des exercices proposés. Le cours en lui-même doit se décomposer en trois parties. L’échauffement doit durer dix minutes et va permettre une mise en route musculaire, articulaire et cardio-vasculaire. La partie centrale du cours est construite autour d’enchaînements de techniques simples qui s’ajoutent les uns aux autres pour aboutir à un enchaînement final déterminé. Le cours se conclu par des exercices de renforcements musculaires de l’ensemble du corps suivis d’exercices d’étirements musculaires pour un bon retour au calme. Il n’y a pas d’improvisation, le professeur maîtrise parfaitement l’ensemble des exercices proposés ainsi que l’enchaînement final vers lequel il mène ses élèves progressivement. C’est le sérieux de cette préparation qui sera déterminant pour fidéliser une clientèle.   

 

10) DV : (Question détente). Catherine, j’ai fait une carrière en Karaté puis en Full contact et aujourd’hui je développe le Karaté contact au sein de la fédération, penses-tu qu’en complétant mes entraînements par du Body-Karaté je ne risquerai pas de devenir une....folle contact ?

 

CB : Je crois avoir fait la preuve que Karaté traditionnel et Karaté contact ne peuvent que s’enrichir du Body-Karaté. L’introduction de musique dans les cours ne féminise en rien l’art martial. Les hommes souffrent essentiellement de l’adéquation au rythme et au tempo musical. En revanche, la force physique ajoutée au rythme soutenu des exercices, contribue à rendre la pratique virile. Leurs corps se fusellent de muscles saillants beaucoup plus rapidement, mis en valeur par les tenues de Body-Karaté qui les font apparaître.


Propos receuillis par David Salucci.


Retrouvez  bientôt Catherine Belrhiti sur son site actuellement en construction dont  voici l'adresse : www.body-karate.com

Pour tout renseignements sur C.Belrhiti envoyer votre email à :

catherine.belrhiti@caramail.com

Prochain interview avec :


Dominique Valera  |  Approche du Karaté-Contact  |  Principales techniques  |  Le Karaté-Contact pour Auto-Défense
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