Interviews


1-Olivier Gruner
2-Christophe Carrio
3-Alex Biamonti
4-Catherine Belrhiti
5-Bertrand Amoussou
6-Jean Pierre Lavorato.
7-Abdel Qissi.
8-Christophe Tendil
9-J & S Buil.
10-Bernard Bilicki
11-Philippe Lacombe
12-Valera-Bilicki-Chouraqui
Valera-Bilicki-Chouraqui (traduction en anglais)
13-Dominique Valera.
14-Serge Chouraqui
15-Jean Pierre Fischer
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 1.
16- Christian Tissier (En Anglais). Partie 2.
16- Christian Tissier (Partie 1).
16- Christian Tissier (Partie 2).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais).
17-Hassan FEKKAK (En Anglais). Partie 2
17-Hassan FEKKAK (Partie 1).
17-Hassan FEKKAK (Partie 2).
18-Claude Goetz.



 5-Bertrand Amoussou



Ce mois-ci retrouvez en interview Bertrand Amoussou.

 (Propos receuillis par David Salucci).


Il est à ce jour le seul français à avoir remporté le Pride au Japon. Malgré ce prestigieux titre Bertrand est resté un homme simple aux valeurs sûres et à l’éthique exemplaire. Grand combattant, Bertrand est sportivement plurivalent. En avance sur son temps à une époque de sa carrière, il a su opter pour les bons choix et graver ainsi son nom dans le monde du combat libre.

Son passé sportif reste impressionnant :

-         Champion de France et médaillé Européen en Judo.

-         Champion d’Europe par équipe de Judo

-         3 fois champion du monde de Ju Jitsu

-         Champion du monde par équipe en Ju Jitsu

-         1er français à remporter un combat au Pride (Japon).

 

Interview Bertrand Amoussou :

 

1 – DS : Bertrand, d’où  vient ta passion du Judo et du Ju Jitsu ? Ton père étant de surcroît un Karatéka, comment se fait-il que les sports pieds/poings n’ont-ils pas eu raison de toi ?

 

BA : Ma passion pour les arts martiaux vient de ce que ces disciplines m’ont fait vivre et de la manière dont elles m’ont fait évoluer sur un plan personnel. J’ai commencé par le Judo à l’âge de 10 ans dans le club de Neuilly sur Marne où nous habitions à l’époque. Si mon père est un excellent professeur de Karaté, il était également un excellent prof de Judo. Il a d’ailleurs été sélectionné olympique pour le JO de Munich en 1972 pour le Bénin, mon pays d’origine. J’ai tout de suite accroché avec le judo. Six mois après mes débuts, mon père m’inscrivait à Maisons Al Fort qui est l’un des 4 meilleurs clubs en France depuis maintenant une trentaine d’années. C’est là que j’ai fait mes gammes.

J’ai eu un parcours assez classique pour un garçon physiquement aidé par la nature.

Ceinture noire à 16 ans, section sport études au Lycée Michelet de Vanves, INSEP  et équipe de France à 18 ans, ma carrière était lancée. Je n’ai vraiment pas eu le temps de pratiquer autre chose si ce n’est l’athlétisme que j’ai du arrêter par choix en entrant en sport études  au profit du Judo malgré un niveau national (sprint et javelot).

 

Marvin "marvelous"Hagler, Bertrand Amoussou et David Douillet.

 

2 -  DS : Tu es un excellent Judoka, pourquoi ne pas avoir continué et choisi la filière de la Fédération Française de Judo ? Le Judo étant un sport Olympique de grande envergure, que penses-tu du rôle et de l’intérêt des médias sur les pratiquants ? 

 

BA : C’est une question qu’on me pose souvent. Je ne sais jamais trop comment y répondre. Je pense tout simplement que je n’avais pas le profil. Je veux dire que pour les dirigeants de la Fédé, je n’étais pas le candidat idéal. Alors que moi je sais pertinemment que je suis né pour remplir ce genre de mission. Finalement, je ne m’en plains pas. Je crois au destin et le mien m’a toujours dirigé dans la bonne direction. Il y a toujours eu une issue  positive lorsque je me croyais dans une impasse. Avec le recul, je pense que je n’aurais pas été heureux en travaillant pour la fédé de Judo comme entraîneur national.

Pour répondre à ta deuxième question, le Judo roule pour le Judo. Le Ju Jitsu fait parti de la fédé de judo mais le judo reste le sport roi et de plus il est Olympique. D’un côté, il est bien normal que les titres de judo soient plus valorisés que les titres de Ju Jitsu. Mais le cas David Douillet est un cas à part. Les autres champions de Judo n’ont pas la même couverture médiatique que David.

Même si les mentalités changent un petit peu, le sportif de haut niveau est dans l’esprit des Français un être dépourvu d’intelligence. Le fameux cliché : tout dans les jambes, rien dans la tête. C’est sûrement rassurant pour les « rien dans les jambes ».  C’est pas gagné J.

 

3 – DS : Triple champion du monde de Ju Jitsu, ta carrière reste exemplaire alors pourquoi avoir choisi la voix du Free Fight ? Qu’est-ce qui a motivé ton choix et que te reste t-il de cette expérience unique ?

 

BA : Je crois que lorsqu’on pratique les arts martiaux, on est toujours à la recherche d’une certaine vérité. Ce n’est pas Dominique Valéra qui dira le contraire… le Ju Jitsu était pour moi, sans que je le sache au début, un tremplin vers le MMA. Oui, je n’aime pas trop la terminologie Free Fight. Lorsque j’ai découvert le MMA en 1995 lors d’un événement auquel j’ai participé, la finalité des arts martiaux et des sports de combat devenait pour moi une évidence. J’ai eu un niveau mondial en Judo et en Ju Jitsu et je me suis senti tout petit. Je ne devais pas tout réapprendre mais tout reconsidérer.

C’est comme si jusqu’à présent, j’avais des cahiers d’exercices et que je venais de trouver les cahiers de solutions correspondantes. J’ai changé ma façon d’aborder les arts martiaux et les sports de combat. J’ai adapté tout ce que je faisais en essayant d’élargir au maximum mon rayon d’action. Ma devise c’est : qui peut le plus, peut le moins. J’ai compris  par exemple que la compétition était un frein pour le développement d’une discipline même si elle a ses  raisons d’être. Et j’ai la réponse à la question que tout le monde se pose sur l’efficacité ou pas de telle discipline par rapport à une autre. La réponse à la question : quel est le sport de combat le plus efficace ?


Bertrand Amoussou contre le Japonais Raou au Pride (Japon).

 

4 – DS : Dans les combats de Free Fight, que te semble t-il le plus difficile à gérer, l’appréhension du combat ? Sa finalité aux yeux des autres ? Le stress et l’angoisse que cette forme de combat peut développer vis-à-vis du pratiquant ? Où c’est tout autre chose ?

 

BA : Pour moi, il n’y a pas plus de stress lorsqu’on aborde un match de MMA que lorsqu’on aborde une compétition de Judo par exemple ou même de tennis de table. Je crois que la différence est la vision que l’on en a. Moi je ne vois pas le MMA comme un « truc de fou ». C’est une expression de combat plus complète que les autres disciplines de combat. Maintenant, si j’ai bien pris ces paramètres en considération, alors je suis à même lors de mon entraînement d’intégrer tous les facteurs me permettant d’être performant. Le stress est souvent lié au regard des autres. Le désire de bien faire, le désire d’être aimé et par conséquent la peur d’échouer. Plus l’événement est important pour soi et plus on stresse.

Maintenant, il y a autour du MMA une notion très forte traduite par les fans, les spectateurs et tout l’univers extérieur aux combattants qui met la discipline sur un piédestal en terme de sport de combat voir même de sport tout court. Je comprends ce phénomène, mais je ne partage pas cet avis. Je préfère faire 10 combats de MMA que courir un Ironman en triathlon par exemple.

 

5 – DS : Penses-tu qu’il serait idéal pour les enfants, aujourd’hui, que le sport soit gratuit d’accès ? Cela ne devrait-il pas, à tes yeux, être une priorité pour l’état ?

 

BA : Il est une évidence pour moi que le sport doit être gratuit pour les enfants ou bien qu’il fasse vraiment parti du programme scolaire. Je ne vais pas faire ici étalage de tous les bienfaits du sport. « Men san in corpore sano » un esprit sain dans un corps sain. Voilà la bonne équation.

 

Bertrand Amoussou en compagnie de son ami, le GRAND Wanderlai Silva.

 

Question Dominique Valera :

 

6 – DV : Bertrand te souviens-tu de ton 1er enseignement de Judo au sein de mon club, quelques enfants avaient peur de toi et trois cours plus tard ils ne voulaient plus te quitter, quelle est ta recette pour captiver et motiver les jeunes pratiquants ?

 

BA : Bien sûr je m’en souviens mon ami, mon frère, mon camarade (c’est une private joke entre Dominique et moi). Tout d’abord, je tiens à te dire que j’étais très fier de faire parti de ton équipe d’enseignant au sein de l’institut Valera.

C’est vrai qu’au premier contact  j’intimide  beaucoup les enfants, peut-être est-ce dû à mon physique impressionnant. De plus, lorsque je ne souris pas, j’ai pas un regard super aimable J mais j’adore les enfants et ils le ressentent. Je pense être un enseignant dur mais juste. J’aime que les cours se déroulent dans le calme et dans le respect de l’autre. Ensuite il faut savoir porter son attention à chacun d’entre eux. J’ai adoré ces  années à l’institut ils étaient ma récréation.

 

7 – DV : Qu’est-ce qui t’a poussé à mettre les gants avec moi et pourquoi ?

 

BA : J’avais la possibilité de pouvoir le faire en étant à tes côtés, je n’allais pas laisser passer cette chance. C’est avec les meilleurs qu’on progresse et c’est avec toi que j’ai appris les bases du kick boxing et ça, je ne l’oublierai jamais. Je me rappelle  lorsqu’on tournait ensemble, tu me prévenais avant de me toucher et tu me touchais quand même. Ce n’est pas extraordinaire ça…. Quelle classe.

 

8 – DV : En toute sincérité, as-tu déjà subi des actes et des jugements à caractère raciste durant ta carrière sportive ?

 

BA : En toute sincérité, oui. Et cela n’a rien d’étonnant. Je m’explique. Lorsque j’ai gagné les championnats de France de Judo, le journal L’Équipe avait noté que j’étais  je cite : « le premier homme de couleur à gagner un championnat de France de judo ». On sait très bien que la xénophobie n’est pas un mal tout à fait éradiqué sur la planète. Des chercheurs travaillent toujours sur un vaccin sans succèsJ. Je savais par exemple très bien en fonction de certains arbitres qu’il  valait mieux pour moi que le combat n’aille pas à la décision. J’ai tout de même eu la chance d’être performant. Après, en ce qui concerne certaines sélections douteuses, comment être tout à fait sûr des critères de chacun lors de leur choix. A vrai dire, je ne me posais jamais ce genre de question quand j’étais compétiteur. Et heureusement d’ailleurs.

 

Bertrand Amoussou en compagnie de Ferdor Emelianenko.

 

9 – DV : Tu sais Bertrand il m’est arrivé de me poser cette question «  si j’étais noir et lui blanc, aurions-nous eu les mêmes rapports et la même amitié ? »

 

BA : Moi je ne me pose jamais ce genre de question. Je crois être sincère et je vais vers les gens en fonction de ce qu’ils ont dans le cœur. J’ai été élevé par une maman blanche après le décès de ma mère lorsque j’avais 10 ans. Pendant très longtemps, je n’ai  jamais fait attention aux différences de couleur. C’est comme si elles n’existaient pas. C’était comme ça dans ma tête jusqu’au jour où un de mes camarades de classe m’a fait une réflexion sur ma négritude, comme  le font les gamins à l’école. J’ai vécu ça comme un traumatisme mais ne vous inquiétez pas, ça va mieux depuisJ.

Je crois que le rôle des parents est primordial. Nous vivons dans une société multiculturelle et il est important d’expliquer à nos enfants avec des mots simples les raisons de nos différences de couleur plutôt que de les éduquer dans la crainte de l’autre qui ne me ressemble pas.

 

10 – DV : (Question politique) Tu sais comme moi que si tous les pays du monde donnaient ne serait-ce que 0,2% de leur budget défense, la famine et les sans abris seraient éradiqués, pourquoi tous ces politiciens qui sont bardés de diplômes ne semblent-ils jamais porter le moindre intérêt à cette question fastidieuse mais réaliste ?

 

BA : Je crois qu’il s’agit juste de priorité. La priorité pour les états dit développés, c’est la défense de leur territoire. Ensuite, on veut bien intervenir mais il faut que cela en vaille le coût. On veut bien aider mais pas pour rien. Il y a des gens qui meurent en France tous les jours, des gens qui vivent en dessous du seuil de pauvreté, des sans abris qui restent ignorés des pouvoirs politiques s’il n’y a pas d’actions spectaculaires telles que celles des « Don Quichotte ». Il faut croire que nous vivons dans un monde de plus en plus individualiste où l’être humain est négligeable.

On entre en politique avec des convictions, j’ai envie de le croire et on fini par se laisser endormir par un système où finalement les intérêts sont ailleurs. Sûrement dans sa propre gamelle.

 

Bertrand Amoussou, le seul français à avoir remporté le Pride à ce jour.

Bertrand Amoussou est aujourd'hui rédacteur en chef de la revue :

 

Nous vous invitons à en découvrir son contenu sur leur site officiel :

www.fightsport.fr 


Découvrez également le blog de Bertrand Amoussou :
http://amoussou.wordpress.com/



Jean Pierre LAVORATO l'héritier de Maître Taiji KASE. (Photo J.Vayriot)



Dominique Valera  |  Approche du Karaté-Contact  |  Principales techniques  |  Le Karaté-Contact pour Auto-Défense
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