
Jean-Pierre Lavorato est né à Viry-Châtillon, le 30 juillet 1944. Il découvre le Karaté à l'âge de 18 ans et s'inscrit au fameux club de la Montagne Sainte-Geneviève où il devient rapidement instructeur avec le japonais Yoshinao Nanbu. En 1966, avec ses amis Dominique Valera et Alain Setrouk, il parcourt le Japon à la recherche de « sensations » et de « perceptions » nouvelles. Mais ce sera en France qu'il fera la rencontre décisive de Maître Taiji Kase. Titulaire en équipe de France, il devient champion de France Open en 1968, simplement "pour démontrer" qu’il rassemble toutes les qualités requises pour être un grand combattant en plus d’être un grand technicien. Enseignant et pratiquant, il a excavé jusqu'aujourd'hui sa recherche drastique du geste juste. Devenu l'une des grandes références du Karaté-do français, Jean-Pierre Lavorato a rejoint ces dernières années le groupe des experts nationaux.
Grade : 8°dan de Karaté Shotokan
Expert Fédéral depuis 2001
Champion d’Europe par équipe 1966.
Champion de France toutes catégories 1968.
Entraîneur de l’équipe du Takushoku Vincennes championne de France combat en 1973. Il fait partie à ce jour du cercle prisé des plus gradés de France.
Interview de Dominique Valera :
1 - Jean Pierre dit « Juan Pedro » (une appellation de Dominique pour J-Pierre) ça va bientôt faire 45 ans que l’on se connaît, nous n’avons pas commencé notre premier voyage au Japon comme les autres, nous avons fait des carrières différentes, nous travaillons dans la même Fédération, nous transpirons toujours dans nos stages et nous sommes restés « toujours potes » ! Que dire de plus ?
JP-L : Nous sommes plus que des potes… des amis au sens large du terme, avec un respect mutuel et une sincérité rare nous permettant de nous conseiller mutuellement quand il y a des questions ou des sujets importants voir graves au niveau du karaté fédéral et du karaté mondial.

2 - J’aime bien ton karaté, parce qu’il représente une vérité ! Pourquoi dans les clubs aujourd’hui, les pratiquants ont-ils tendance à s’éloigner de cette vérité en formant bien souvent, de petits singes savants qui ne font que répéter un gestuel sans l’esprit guerrier ?
JP-L : Je pense que l’éloignement constaté dans la pratique du Karaté, vient du fait que l’entraînement a énormément changé, les mentalités aussi. D’une part les pratiquants sont victimes de professeurs qui ne s’entraînent plus et de ce fait dévient de la trajectoire réaliste et martiale représentant le ciment de notre fondamental.
3 - Si tu vois en compétition un jeune Karatéka se tordre de douleur suite à un coup reçu et que 10 secondes plus tard après l’obtention de son avantage auprès de l’arbitre, il repart comme un éclair ! Qu’as-tu envie de lui dire ?
JP-L : Je n’ai rien à lui dire personnellement car je ne me sens en aucun cas concerné dans sa façon d’agir. Chaque pratiquant doit assumer son comportement. Je regrette tout simplement la déviation prise, résultant de la mentalité de certains pratiquants. Je tiens à rappeler à tous les Karatékas que nous pratiquons un sport qui est avant toute chose un Art Martial.

4 - J’adore les compétitions Katas et j’allais souvent en voir, mais maintenant je trouve que les compétiteurs-(trices) en font un peu trop ! Je m’explique : je trouve qu’ils passent plus de temps à rester penchés dans les saluts, que d’exécuter leur Katas ? Suis-je trop dur ou un tantinet réaliste ?
JP-L : Je pense « plus que réaliste », en plus avec une perte du respect du kata de chaque style : car le rythme, le réalisme et l’efficacité ne sont pas respectés comme ils nous ont été transmis et enseignés par nos anciens. La compétition ne reflète pas obligatoirement l’esprit du kata.
5 - Tu as toujours pratiqué un Karaté réel et efficace, quant à moi j’ai offert aux pratiquants une continuité au Karaté traditionnel en créant la voie du Contact. Dans les deux disciplines on retrouve le mot Karaté. Pour toi le mot « Karaté » a-t-il une signification hétéroclite (mixte) ?
JP-L : Les deux formes sont efficaces mais différentes dans la recherche. Le fait déjà de pratiquer un style de karaté qui vous convient avec rigueur et sincérité mérite respect. Je pense que chaque individu doit trouver son épanouissement à travers la pratique qu’il a choisie.

6 - Quand dans mes stages je signe les passeports des participants, je vois souvent nos deux signatures ! Est-ce que cela veut dire que nos pratiques sont complémentaires ?
JP-L : Les karatékas sont attirés par la discipline c’est indéniable mais en grande partie par l’enseignant. Etant amis depuis de nombreuses années, peut être que les élèves retrouvent les mêmes valeurs avec l’un ou l’autre et ressentent notre complicité.

7 - Quel est le Maître Japonais qui t’a le plus impressionné, le plus influencé, et le plus inspiré ? Et pourquoi ?
JP-L : « Maître Taiji Kase » par sa vision large et très efficace, son ouverture d’esprit, sa tolérance, son humanisme qui font les qualités d’un grand maître. Maître Kasé était un puits de connaissances, une source intarissable où des milliers de pratiquants se sont abreuvés pendant de longues années; nous ne pouvons que regretter sa disparition prématurée. On ne pourra jamais oublier tout ce qu’il a apporté au karaté mondial et français en particulier.

8 - A travers nos stages, toute la saison nous côtoyons beaucoup de ceintures noires, quel est d’après toi le pourcentage de ceux qui pourraient sans aucun doute possible se défendre en cas d’agression réelle ?
JP-L : Au travers de notre entraînement où l’on doit rechercher une efficacité maximale mais aussi le contrôle absolu de soi, chacun dans sa pratique doit construire et développer sa propre évolution. Mais nous devons dans les formes techniques enseignées (katas) transmettre le fondamental sans ajouter notre note personnelle pour ne pas détruire de génération en génération l’essence « du karaté ».

9 - Dans certaines Ligues, je rencontre différents blocages de certains élus ou professeurs sur le Contact ! Penses-tu que je fais du tort au Karaté en sachant qu’en milieu de saison, nous obtenons une augmentation massive de 15% des licences de Karaté contact à la Fédération Française de Karaté ?
JP-L : Non je ne pense pas que le karaté contact fasse du tort au Karaté étant donné que notre fédération chapote toutes les formes de pratiques avec une même licence. Ceci permet à chacun de trouver ce qu’il cherche au sein d’une même structure et aux jeunes de trouver leur voie.

10 - Ce serait sympa de faire un retour ensemble au Japon pour les Championnat du Monde en 2008, 42 ans après notre premier voyage ? Qu’en dis-tu ?
JP-L : Oui ce serait très sympa de faire un retour au Japon ensemble dans les épreuves que nous avons subies où notre amitié s’est scellée ! Mais pas en voiture comme en 1966 !

INTERVIEW de DOMINIQUE VALERA à son ami J-P LAVORATO.
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Prochaine interview avec Jessica et Sabrina Buil.